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11.01.2007
Matinée aux trois parfums
Hier le grillon a retrouvé son chien gardé par ses enfants dans le midi. Puis il a repris la route pour atteindre ses pénates, ouvert sa maison, ce qui n'était pas arrivé depuis bien longtemps. Il a remis le puits en marche, allumé du feu dans sa cheminée et défait les valises. Juste avant l'aube, il est parti au pied du Ventoux retrouver le dernier boulanger qui cuit son pain au feu de bois. Il lui dit qu'il lui revenait après trois mois d'errances diverses, de l'Italie à la Corse en passant par la Lorraine et l'Inde, après Iban le dernier né.
Puis il a offert à son chien, emmené pour l'occasion, un bouquet d'odeurs de sangliers et de lapins dans les sous bois, tandis que la lune, fève oubliée par les rois mages, brillait dans la grande galette du ciel noir provençal.
Tandis que la truffe se remplissait de parfums oubliés, l'horloge du matin déroulait sa magie de couleurs. Sur la gauche, le noir sommet restait impassible, pelé et morose. Plus bas, un filet argenté découpait les arbres en ombres de marionnettes sur la crête. A droite, le rose et l'orange hésitaient encore à remplir l'opale du ciel.
Près de moi, un pin princier tendait ses rameaux vers la lune, solitaire dans une clairière. Le chien mâchouillait maladroitement de grandes herbes purgatives, grand plaisir de toujours. Une chouette se lamentait sur la perte de sa nuit, et les mésanges, fauvettes et pinsons pépiaient déjà vers l'âme sœur.
Quel plaisir d'attendre l'éclosion de la chrysalide matinale, l'arrivée du bleu au milieu des rouges et or, le premier gros dos d'un soleil endormi. J'y suis resté longtemps, me baignant dans les chants d'oiseaux, émerveillé spectateur immobile d'un lever du jour loin des hommes.
Au loin, très loin, la route comptait le passage des phares vers Carpentras ou ailleurs.
Alors, je suis redescendu vers la plaine du Comtat, encore emmitouflée de brumes blanches, de lambeaux de nuages cotonneux. La voiture sentait bon le pain chaud. La journée allait être belle.
Maintenant, je vais ouvrir mon courrier, je sais que vous avez été nombreux à écrire, que ma boîte déborde et que je suis en retard.
Mais je voulais vous offrir ce premier matin aux trois parfums, celui du pain, celui de l'aurore et celui des oiseaux. Merci pour les vœux que je vais découvrir, et à chacune et chacun d'entre vous, que la joie d'être en vie soit plus forte que les misères du moment.
09:35 Publié dans Contes du grillon | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
Commentaires
Merci pour le pain chaud, l'aurore et les oiseaux.
Seriez vous le 4eme Roi Mage dont m'a parlé Framboisine
Bienvenue chez Vous
Ecrit par : Marie | 11.01.2007
Beaucoup d'émotion dans ta note, on ressent tout à fait ce contact du retour vers ton terrier...ta maison.
On est content de partir...mais heureux de revenir....
Que ce bonheur dure , avec les parfums du quotidien avec ceux que tu aimes.
Amitiés
hélène
Ecrit par : hélène | 11.01.2007
Ô mon grillon, comment , avec quels pauvres mots traduire et répondre à l'émotion poétique qui vient de me submerger ?
Non, je n'ai pas de mots , je n'ai pas tes mots, mais je goûte chacun des tiens comme un cadeau sacré, un trésor bienveillant sur nos vies si petites , tu nous ouvres les portes de toutes les natures , tu peins le chant des oiseaux, tu décores de senteurs mon univers étroit, que vas-tu si loin ? C'est au sortir de ton terrier que la plus belle des poésies se niche, c'est au pied de ton Ventoux que ta respitration se fait la plus pleine, la plus ample.
De toute mon affection , le plus grand de smercis pour ce si bouleversant moment, partagé en Provence, Framboisine
Ecrit par : framboisine | 11.01.2007
Non de diou,quels parfums se dégagent de cette retraite;tu comprends qu'heraime l'attende avec une grande impatience.beaux couplets.merci
Ecrit par : heraime | 11.01.2007
Un peu d'air pur, ça fait du bien.
Une balade nocturne dans la campagne, et attendre le lever du jour...Un vrai bonheur.
Profites Grillon, profites...
Ecrit par : Crabillou | 11.01.2007
c'est bien beau les voyages, les virées, les petits, mais ce que çà fait du bien de rentrer chez soi, de retrouver le temps de faire, le temps de rêver, le temps d'admirer..... bon retour......
et bonne soirée au pied du Ventoux.
ANNIE
Ecrit par : MAMINIE | 11.01.2007
Salut Christian, je continu mon voyage en Inde grace à toi, même si je ne te laisse pas un commentaire à chaque passage.
Amicalement.
Jean Claude
Ecrit par : Jérémie Ménerlache | 11.01.2007
Une note à lire et relire ! Hymne à la vie , à la nature , hymne à la joie , quel calme bonheur de retrouver ce point de chute ! Le pain tout chaud , grèsille encore comme le grillon heureux !
merci pour ce retour si émouvant ! bises ! huguette - alice !
Ecrit par : macary huguette | 12.01.2007