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16.01.2007
L'appelé, l'engagé et le galonné
Par un beau soleil de début juillet, dans l’année yé-yé de 1960, un jeune homme en civil avec cheveux longs entrait dans la cour du 7ème régiment du génie en Avignon, pour y faire ses classes.
Il n’avait pas participé pendant ses études à la préparation militaire, qui lui aurait donné le droit de rentrer dans une école d’officiers de réserve. Il avait préféré la ripaille, le sport et les filles. Sauf que l’une lui avait passé la bague au doigt, il s’agissait maintenant d’éviter de partir en Algérie dans les deux mois et de gagner du temps.
Tondu, vacciné, déguisé en bidasse, il rejoignit une trentaine d’autres bipèdes regroupé dans une section. Elle était théoriquement sous les ordres d’un lieutenant sorti de l’école d’officiers de réserve, mais un vieil adjudant, ranci des brodequins jusqu’aux cheveux, en était le véritable chef. Il passait sa hargne et sa haine de sa hiérarchie sur les appelés que nous étions.
Avec mon diplôme d’ingénieur casseur de cailloux, je postulais pour l’école d’ officiers de réserve d’Angers. Il fallait passer un concours d’entrée, dont la préparation se faisait, non à Avignon, mais chez les paras à Castelsarrasin. Elle commençait dans 3 semaines. Avant mon départ , l ‘adjudant ranci s’essuya sa morgue sur mon échine.
Lit jugé non « au carré » à l’inspection du matin, drap et couvertures défaites par ses soins juste avant le rassemblement pour me faire arriver en retard, corvée de chiots en cadeau, refus de permission, bref, la totale avant mon départ. et avec ça : des Oui mon adjudant, Oui mon adjudant obligatoires. Bref, l’armée dans tout ce qu’elle a de raté.
Arrivé à Castelsarrasin, la section des candidats au concours d’entrée comprenait une vingtaine de bipèdes, avec beaucoup de folkloriques. Mais le colonel nous avertit qu’il n’y avait que deux reçus. Bigre, fallait faire attention à ne pas déplaire ! ! ! !
Si je n’étais pas l’un des deux, billet direct pour l’Algérie pour déloger les fellaghas (c’est comme ça qu’on disait) dans les grottes de l’Aurès.
Passons sur cette instruction, que je raconterai peut être un jour.
A l’annonce des résultats, en novembre, j’étais comme Poulidor, second derrière un gars qui voulait faire carrière dans l’armée, fils de Commandant. Il avait des biceps plus gros que les miens, mais bien que mes tendons soient plus affûtés, il était normal qu’il soit devant. Tout heureux, j’annonçais la nouvelle à ma bien aimée, que je n’avais pas serré dans mes bras depuis trois mois.
Puis arriva la nouvelle : Si j’avais bien réussi au concours, l’école d’Angers, à cette session là, n’acceptait qu’un seul candidat venant de Castelsarrasin. Je rejoindrai Angers en janvier ; en attendant, retour à Avignon !
Quittant béret rouge et rangers, le fourrier para me redonne la tenue d’été avignonnaise portée en arrivant, avec laquelle, après le voyage en train, j’ai le plaisir de saluer mon vieil ami l’adjudant.
Et là, si je suis toujours bidasse de 2ème classe, je lui explique qu’après l’école d’Angers, je serai officier, et que je redemanderai Avignon comme affectation. Qui sait, je serai peut-être son chef hiérarchique, avec de la mémoire cette fois.
Alors, là, j’ai vu la transformation du bonhomme, l’effondrement, la veulerie du personnage. Il fallait résoudre le cas de mon statut ; impossible de me donner un grade, je n’avais pas fait les classes de sous officiers, mais celles d’officiers. Le commandant résolu la question en me nommant 2ème classe F.F.C. Faisant Fonction de Caporal. Caporal virtuel, en quelque sorte.
Un pacte fut scellé avec l’adjudant : je faisais l’instruction des nouveaux bidasses, il faisait le minimum, mes permissions étaient accordées et je mangeais au mess des sous-off.
J’ai passé deux mois de pacha. Il y en aura d’autres pendant les mois qui vont suivre. Mais ceci est une autre histoire.
Si je vous ai raconté tout cela, c’est que les évènements récents m’ont fait pensé à cette péripétie entre un engagé, un appelé et un galonné.
Récemment, un homme politique a franchi les portes d’un palais avec tous ses muscles pour rentrer dans l’arène de formation des Présidents de la République. Son chef direct, l’adjudant de service, a tout fait pour l’en empêcher. Le galonné en chef n’a rien dit et laissé faire.
Les classes vont durer 3 bons mois mais il n’y aura qu’une place, à l’Elysée comme à Angers.
Qui sait s’il ne va pas se retrouver second, avec une longue attente, qui ne sera pas de 2 mois, mais de 5 ans, à patienter, en retrouvant le vieil adjudant . Qui sait si cette fois, ce n'est pas le tendon qui primera sur le biceps ?
Il n’est pas certain cette fois que le mess des sous-officiers soit ouvert.
08:09 Publié dans Contes du grillon | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Commentaires
J'aime bien ta comparaison,qui sait ce qui l'attend et aussi ce qui nous attend.salut l'ami
Ecrit par : heraime | 16.01.2007
J'adore tes métaphores , finement ciselées, qui nous conduisent toujours à de délectables chutes!
Ah, les bons vieux adjudants! pas si facile de s'en débarrasser! ils me font penser au morceau de sparadra qui errait d'un personnage à l'autre ds un Tintin, te souviens-tu?
PS:
Et arrête , je sens que je vais être atteinte de rougitude!
Bonne journée Framboisine
Ecrit par : framboisine | 16.01.2007
Ta comparaison est la bienvenue, et quoique non
instruite sur le militaire et la politique, j'ai approuvé la conclusion.
Les jeux commencent....il faut soutenir notre champion,comme à ROME, au temps passé....
A+ hélène
Ecrit par : hélène | 16.01.2007
Décidemment, que de points communs.
J'ai fait les EOR à Bourges, à l'Ecole Nationale Supérieure du Matériel.
C'était en 69, année érotique et peinarde.
Nous pouvions sortir en civil tous les jours, à partir de 18 heures.
Et nous sortions tous les jours...
Avant d'en sortir sous-lieutenant, et de terminer mon temps comme "Chef" d'un dépot de munitions en Allemagne, j'ai pu cotoyer des officiers, ou sous officiers, je ne sais trop, des Lybiens, qui venaient en France pour se familiariser avec le matériel militaire tricolore.
Une sorte de coopération entre la France et les Bédouins.
Fraternité, ce n'est pas un vain mot !
On parlait assez peu de Droits de l'Homme à l'époque.
Salut mon Lieutenant (ou Capitaine, au moins)
Ecrit par : Crabillou | 16.01.2007
Ah c'était l'bon temps ! euh ! tiens ça me donne une idée. Bises de miche
Ecrit par : miche | 18.01.2007