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27.01.2007
Histoire de trou de balle
Le chirurgien se leva du fauteuil de mon dentiste de père et lui demanda ce qu'il lui devait. Il était réputé à Marseille comme excellent . Tous deux se connaissaient de longue date, ayant fait de l'aviron ensemble sous les couleurs phocéennes dans leur jeunesse.
Je t'ai soigné la molaire du fond, et je l'ai plombée. Il y avait une belle carie, un sacré trou, lui expliqua la blouse blanche. Tu devais souffrir depuis longtemps.
Tu sais, j'ai tout ce qu'il faut pour me calmer. Dis à Jojo de me chercher un taxi !
Oh, t'as plus de voiture ?
Si, j'en ai une, elle marche, mais je peux pas m'en servir!
Ben ça alors ! Explique toi.
Tu as un moment ? Bon ! Le mois dernier, au matin, j'arrive à la clinique; mon assistante, un peu pale, m'attrape comme je vais pour pénétrer dans mon bureau. Docteur, il y a trois messieurs dedans, un est blessé. J'ai pas pu les empêcher de rentrer.
Deux armoires à glace en souliers vernis se tenaient debout à côté d'un bonhomme qui lui, se tenait l'épaule, assis dans un fauteuil. Le costume ensanglanté, il avait reçu une balle dans la nuit, cadeau d'un règlement de compte.
Avec un bel accent corse, il me demande de l'opérer et surtout, de ne pas remplir les papiers tout de suite. Tu sais, chaque fois que tu enlèves du plomb, il faut le signaler à la police. Curieuse, elle vient voir et le gars n'y tenait pas.
Tu sais ce que c'est, je lui ai retiré sa balle, il a été soigné en chambre seule, ces deux gardes du corps ont monté la garde et j'ai signé les papiers le jour de son départ.
Toubib, merci pour ce que vous avez fait. Si vous avez un jour des ennuis, on ne sait jamais, vous pourrez faire appel à moi. Au Petit bar, à la Belle de Mai (c'est un quartier de Marseille) vous demandez "XXX" et vous lui dites de me faire la commission.
Le temps a passé, mais hier matin, en sortant de chez moi, plus de voiture sur le trottoir. On me l'avait barbotée. Alors, je me suis rappelé la promesse du truand. Peut être il saura qui a fait le coup et la retrouvera.
Je vais à la Belle de Mai, le chauffeur de taxi me regarde bizarrement quand je lui dit d'attendre. En rentrant, j'étais pas chez moi. Tout le monde a baissé la tête, c'est devenu lourd d'un coup. Ils me prenaient pour un poulet ! Au garçon du bar, je lui dit que je viens de la part de mon client, et que je veux parler à "XXX" . Il me dit que c'est lui, et je lui débite mon histoire de voiture volée.
Là, mon vieux, il me demande tout le type, la voiture, les numéros des plaques, les phares, la couleur . J'avais une 15 cv Citroen, mais t'as plusieurs modèles ! La mienne c'était une 52, mais sans le gros coffre, la couleur, tu peux pas te tromper, c'est noir!
Tu me croiras pas, mais le lendemain matin, devant chez moi, j'avais ma voiture, au même endroit, avec ses plaques. Fortiche le gars, que je me dis.
Seulement, s'il y avait bien les clefs sur le contact, et même le plein d'essence, la couleur des sièges n'était pas la même. Ils l'avaient fauchée, cette bagnole.
Alors, qu'est ce que j'en fais maintenant ?
Jojo, tu l'as trouvé ce taxi ?
09:02 Publié dans Contes du grillon | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
23.01.2007
Félicitations pour Marie Clo et Jeremie
Vous savez tous que le numéro de février récompense les blogs de Jérémie et Marie Clo.
Comme leur déménagement m'a empéché de les féliciter avant que leur internet soit débranché, je le fais maintenant, en modifiant légèrement une première note.
Quand MarieClo la belle bergère
Avec Jérémie déménagea,
C'est dans les cartons pour ce faire,
qu'enfin Notre temps les prima.
Lorsqu' à nouveau ils émergèrent
Le petit grillon le chanta
Et pour accompagner ce pastiche de Brassens, voici en leur honneur la chanson du grand poète: Brave Margot.
Quand M’Clo rédigeait son message
Tous les gars, tous les gars des parages,
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Et M’Clo, qu’était simple et très sage
Pensait que c’était pour voir son blog- Ah
Que tous les gars, tous les gars des parages
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
L’maitre de chorale et ses p’tits choeurs
Le Minou, le Bernard, le Marcel
Tous négligeaient carrément leur note pour voir ça
Le grillon, d’ordinaire si leste,
pour voir ça n’écrivait plus
les textes que personne au reste
n’aurait lus .
Pour voir ça, Dieu le leur pardonne,
les enfants de Miche au milieu
de la sainte console abandonnent
tous les jeux.
Les Gen Claude, même les Gen Claude,
qui sont d’ordinaire si futés
se laissaient prendre au charme
des jolis couplets.
Quand M’Clo rédigeait son message
Tous les gars, tous les gars des parages,
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Et M’Clo, qu’était simple et très sage
Pensait que c’était pour voir son blog. Ah
Que tous les gars, tous les gars des parages
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Et toutes ses amies communes,
encouragées par ce talent,
supprimèrent leurs lacunes
patiemment.
Puis un jour ivres de lumière
Elles s’armèrent de crayons
et farouches elles publièrent
leurs émotions.
M’Clo avec tous ses charmes
sans l’arroser, avec son mari
déménagea , avec armes
bagages et tutti quanti.
Le grillon raconta l’histoire
On fêta l’événement
Que les blogeurs racontent encore
A tous leurs enfants
Quand M’Clo rédigeait son message
Tous les gars, tous les gars des parages,
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Et M’Clo, qu’était simple et très sage
Pensait que c’était pour voir son blog. Ah
Que tous les gars, tous les gars des parages
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
05:50 Publié dans Contes du grillon | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
16.01.2007
L'appelé, l'engagé et le galonné
Par un beau soleil de début juillet, dans l’année yé-yé de 1960, un jeune homme en civil avec cheveux longs entrait dans la cour du 7ème régiment du génie en Avignon, pour y faire ses classes.
Il n’avait pas participé pendant ses études à la préparation militaire, qui lui aurait donné le droit de rentrer dans une école d’officiers de réserve. Il avait préféré la ripaille, le sport et les filles. Sauf que l’une lui avait passé la bague au doigt, il s’agissait maintenant d’éviter de partir en Algérie dans les deux mois et de gagner du temps.
Tondu, vacciné, déguisé en bidasse, il rejoignit une trentaine d’autres bipèdes regroupé dans une section. Elle était théoriquement sous les ordres d’un lieutenant sorti de l’école d’officiers de réserve, mais un vieil adjudant, ranci des brodequins jusqu’aux cheveux, en était le véritable chef. Il passait sa hargne et sa haine de sa hiérarchie sur les appelés que nous étions.
Avec mon diplôme d’ingénieur casseur de cailloux, je postulais pour l’école d’ officiers de réserve d’Angers. Il fallait passer un concours d’entrée, dont la préparation se faisait, non à Avignon, mais chez les paras à Castelsarrasin. Elle commençait dans 3 semaines. Avant mon départ , l ‘adjudant ranci s’essuya sa morgue sur mon échine.
Lit jugé non « au carré » à l’inspection du matin, drap et couvertures défaites par ses soins juste avant le rassemblement pour me faire arriver en retard, corvée de chiots en cadeau, refus de permission, bref, la totale avant mon départ. et avec ça : des Oui mon adjudant, Oui mon adjudant obligatoires. Bref, l’armée dans tout ce qu’elle a de raté.
Arrivé à Castelsarrasin, la section des candidats au concours d’entrée comprenait une vingtaine de bipèdes, avec beaucoup de folkloriques. Mais le colonel nous avertit qu’il n’y avait que deux reçus. Bigre, fallait faire attention à ne pas déplaire ! ! ! !
Si je n’étais pas l’un des deux, billet direct pour l’Algérie pour déloger les fellaghas (c’est comme ça qu’on disait) dans les grottes de l’Aurès.
Passons sur cette instruction, que je raconterai peut être un jour.
A l’annonce des résultats, en novembre, j’étais comme Poulidor, second derrière un gars qui voulait faire carrière dans l’armée, fils de Commandant. Il avait des biceps plus gros que les miens, mais bien que mes tendons soient plus affûtés, il était normal qu’il soit devant. Tout heureux, j’annonçais la nouvelle à ma bien aimée, que je n’avais pas serré dans mes bras depuis trois mois.
Puis arriva la nouvelle : Si j’avais bien réussi au concours, l’école d’Angers, à cette session là, n’acceptait qu’un seul candidat venant de Castelsarrasin. Je rejoindrai Angers en janvier ; en attendant, retour à Avignon !
Quittant béret rouge et rangers, le fourrier para me redonne la tenue d’été avignonnaise portée en arrivant, avec laquelle, après le voyage en train, j’ai le plaisir de saluer mon vieil ami l’adjudant.
Et là, si je suis toujours bidasse de 2ème classe, je lui explique qu’après l’école d’Angers, je serai officier, et que je redemanderai Avignon comme affectation. Qui sait, je serai peut-être son chef hiérarchique, avec de la mémoire cette fois.
Alors, là, j’ai vu la transformation du bonhomme, l’effondrement, la veulerie du personnage. Il fallait résoudre le cas de mon statut ; impossible de me donner un grade, je n’avais pas fait les classes de sous officiers, mais celles d’officiers. Le commandant résolu la question en me nommant 2ème classe F.F.C. Faisant Fonction de Caporal. Caporal virtuel, en quelque sorte.
Un pacte fut scellé avec l’adjudant : je faisais l’instruction des nouveaux bidasses, il faisait le minimum, mes permissions étaient accordées et je mangeais au mess des sous-off.
J’ai passé deux mois de pacha. Il y en aura d’autres pendant les mois qui vont suivre. Mais ceci est une autre histoire.
Si je vous ai raconté tout cela, c’est que les évènements récents m’ont fait pensé à cette péripétie entre un engagé, un appelé et un galonné.
Récemment, un homme politique a franchi les portes d’un palais avec tous ses muscles pour rentrer dans l’arène de formation des Présidents de la République. Son chef direct, l’adjudant de service, a tout fait pour l’en empêcher. Le galonné en chef n’a rien dit et laissé faire.
Les classes vont durer 3 bons mois mais il n’y aura qu’une place, à l’Elysée comme à Angers.
Qui sait s’il ne va pas se retrouver second, avec une longue attente, qui ne sera pas de 2 mois, mais de 5 ans, à patienter, en retrouvant le vieil adjudant . Qui sait si cette fois, ce n'est pas le tendon qui primera sur le biceps ?
Il n’est pas certain cette fois que le mess des sous-officiers soit ouvert.
08:09 Publié dans Contes du grillon | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
15.01.2007
Elle avait la syphilis et je ne savais pas
Elle portait une robe largement décolletée et des talons hauts.
Lorsqu'elle s'assit dans le fauteuil, debout à côté d'elle, je me sentis rougir quand mon regard d'adolescent boutonneux plongea dans l'échancrure du corsage. J'y voyais bien des choses et j'en imaginais encore plus.
Mais quand elle ouvrit la bouche, ses gencives noires et ses dents abîmées changèrent mes idées. Qu'est ce qu'elle pouvait bien avoir comme maladie ?
Bien entendu, je ne pouvais pas lui demander !
Et si on commençait par le début ?
Le jeudi, jour sans école mais avec devoirs, je devais venir les faire au cabinet dentaire. Installé dans la pièce qui servait de cuisine, c'était le travail du matin. Vers midi, le père examinait le travail, posait les questions et faisait réciter les leçons.
L'après midi, il donnait congé à son assistante et à Jojo et me faisait enfiler une blouse blanche. Il faut dire que j'allais sur mes 16 ans, efflanqué comme un chat de gouttière.
Accueillir les clients et aller les chercher en salle d'attente, sortir les fiches dentaires, répondre au téléphone et prendre les rendez-vous, développer les radios, il me l'appris. Cela me plaisait assez
Ensuite, il fallut préparer les instruments, lui présenter le plateau, les cotons et rester auprès de lui pendant les soins dentaires. J'aimais beaucoup moins les extractions, piqûres et autres. Pendant la durée des soins, j'avais la consigne de ne pas parler, de ne pas poser de questions.
Quand ce fut le tour d'aller chercher madame T, mon père me demanda de monter mes mains et les examina avec une attention étrange pour moi. Quelle idée !!!
Lorsqu'elle quitta le cabinet, il m'expliqua: tu as vu: les gencives noires, c'est à cause de la syphilis. Cette dame est une prostituée, ( elle le lui avait dit) et elle a attrapée cette maladie. On lui fait des piqûres à base de mercure et ça lui gâte les dents. J'essaie de soigner ses dents , mais elle va rester malade et je ne peux pas grand chose.
Lui parlait en dentiste ! Moi si je voyais des gencives noires, je me demandais bien comment pouvait être le reste, plus bas, oui, vous m'avez compris !!! Tout noir aussi ?
A 16 ans, on ne pose pas ce genre de question à son père.
Je ne sais pas ce que j'ai raconté aux copains. Mais leur éducation sexuelle a du être sérieusement erronée du genre : tu as plein de piqûres, avec une seringue aussi grosse qu'un thermomètre , après tu perds tes dents et ton zizi devient tout noir.
L'année d'après, seul en terminale au Lycée Français de Londres, j'ai reçu un très long courrier de mon père me décrivant par le menu les maladies dites honteuses, avec les coupes et vues en plan des conséquences sur les organes génitaux des hommes et des femmes. La syphilis tenait la vedette, mais le ,premier avertissement donnée par Madame T à son insu valait tous les courriers du monde.
Elle avait la syphilis et je ne le savais pas, mais j'ai retenu la leçon.
06:47 Publié dans Auprès de mon terrier | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
12.01.2007
Jojo et la partie gratuite, sur fond de faits divers
D’ordinaire, le grillon écoute la télé plus qu’il ne la regarde. Hier midi, après une longue période de sevrage, il a ouvert la lucarne à midi et demie sur la 3.
Deux enfants venaient d’être retrouvés, après une fugue avec un jeune homme un peu simple d’esprit qui aimait les enfants du quartier et jouait volontiers avec eux, sans leur faire de mal. Il a retiré de l’argent dans un distributeur pour les faire manger, les a emmener dans une grande surface, et j’ai l’impression que les gamins se sont bien amusés. L’info passe en fin de journal, et le présentateur coupe la parole au reporter.
A 13 h, sur la 2, tout autre ton. L’enlèvement est au début du journal, la cavale du déséquilibré a duré 20 h , le dispositif alerte enlèvement du gouvernement a permis de les retrouver. Beaucoup de photos voitures de pompiers, d’ambulance.
Le soir, sur le 20 h de TF1, rebelote. pour voir jusqu’où irai la désinformation. Ca ne rate pas. En tout début, un corps blanc dans un linceul traverse l’écran. Il est transis de froid. La cellule psychologique est en place, les parents sont en gros plan, un enfant à l’hôpital. Tout juste si le présentateur n’est pas navré , non, j’ai le regret de vous dire qu’ils n’ont pas été violés. L’alerte enlèvement a fonctionné, trois personnes les ont vus, (sans prévenir, ce qui est passé sous silence, car c’est le distributeur de billets qui a permis de les localiser)
Le ravisseur, placé en garde à vue, n’a pas conscience de l’acte effroyable qu’il vient d’accomplir, nous dit son avocat.
Tout cela est truqué, manipulé, excessif. Dans le même journal, TF1 se glorifie d’avoir 98 / 100 des meilleures émissions. J’ai honte pour ceux qui abusent de cette morbidité.
Alors, pour changer un peu, voici une histoire d’un autre handicapé léger, Jojo, l’assistant de mon dentiste de père.
Nous sommes au début des années 50, à Marseille, dans les quartiers nord.
Le père s’est remarié . Le frère cadet de sa femme répare des babys foot et des billards électriques. De temps en temps, un flipper réparé ne trouve pas immédiatement preneur dans un bar. Alors, le paternel, de mèche avec le frérot, fait installer le dit flipper dans sa salle d’attente pour un jour ou deux , mais sans bien entendu faire payer les parties.
Les clients trouvent cela plutôt agréable, avant de passer sur le fauteuil, de pouvoir jouer gratis et de ne pas voir le temps passer.
Le soir, quand mon père soigne le dernier client, mon Jojo file dans la salle d’attente se payer une partie ou deux, en priant pour que les soins durent ! Il se régale, et bing, et bang, et je te la renvoie, cette bille , je te la remonte, bing, dans le couloir, les trois bumpers , la machine clignote, tout s’allume. Bingo. 300.000 points avec la première bille. La deuxième fait un tabac, 500.000, 600.000 ça y est 700.000. C’est gagné.
Et quand mon père, après avoir raccompagné à la porte ce soir là le dernier client vient chercher Jojo en lui disant : Oh , Jojo, c’est l’heure, je ferme ! ! Il s’entendit répondre ce jour là:
Moussieur Vial, zous pouvez pas fermer, z’ai gagné une partie gratuite !!
Sacré Jojo, je suis sûr qu’il a fini sa partie gratuite au paradis
Je vous souhaite une bonne journée
08:58 Publié dans Contes du grillon | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
11.01.2007
Matinée aux trois parfums
Hier le grillon a retrouvé son chien gardé par ses enfants dans le midi. Puis il a repris la route pour atteindre ses pénates, ouvert sa maison, ce qui n'était pas arrivé depuis bien longtemps. Il a remis le puits en marche, allumé du feu dans sa cheminée et défait les valises. Juste avant l'aube, il est parti au pied du Ventoux retrouver le dernier boulanger qui cuit son pain au feu de bois. Il lui dit qu'il lui revenait après trois mois d'errances diverses, de l'Italie à la Corse en passant par la Lorraine et l'Inde, après Iban le dernier né.
Puis il a offert à son chien, emmené pour l'occasion, un bouquet d'odeurs de sangliers et de lapins dans les sous bois, tandis que la lune, fève oubliée par les rois mages, brillait dans la grande galette du ciel noir provençal.
Tandis que la truffe se remplissait de parfums oubliés, l'horloge du matin déroulait sa magie de couleurs. Sur la gauche, le noir sommet restait impassible, pelé et morose. Plus bas, un filet argenté découpait les arbres en ombres de marionnettes sur la crête. A droite, le rose et l'orange hésitaient encore à remplir l'opale du ciel.
Près de moi, un pin princier tendait ses rameaux vers la lune, solitaire dans une clairière. Le chien mâchouillait maladroitement de grandes herbes purgatives, grand plaisir de toujours. Une chouette se lamentait sur la perte de sa nuit, et les mésanges, fauvettes et pinsons pépiaient déjà vers l'âme sœur.
Quel plaisir d'attendre l'éclosion de la chrysalide matinale, l'arrivée du bleu au milieu des rouges et or, le premier gros dos d'un soleil endormi. J'y suis resté longtemps, me baignant dans les chants d'oiseaux, émerveillé spectateur immobile d'un lever du jour loin des hommes.
Au loin, très loin, la route comptait le passage des phares vers Carpentras ou ailleurs.
Alors, je suis redescendu vers la plaine du Comtat, encore emmitouflée de brumes blanches, de lambeaux de nuages cotonneux. La voiture sentait bon le pain chaud. La journée allait être belle.
Maintenant, je vais ouvrir mon courrier, je sais que vous avez été nombreux à écrire, que ma boîte déborde et que je suis en retard.
Mais je voulais vous offrir ce premier matin aux trois parfums, celui du pain, celui de l'aurore et celui des oiseaux. Merci pour les vœux que je vais découvrir, et à chacune et chacun d'entre vous, que la joie d'être en vie soit plus forte que les misères du moment.
09:35 Publié dans Contes du grillon | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
03.01.2007
Mes voeux pour l'Europe
De plus en plus frappé, le grillon réveur. Déjà, il délirait avant-hier en supprimant les avantages des hommes politiques, puis en supprimant carrément la moitié des politiques eux mêmes.
Aujourd'hui, il rève d'Europe ! Europa emportée par Jupiter est bien loin. Nous sommes 27 dans le même lit, et Zeus lui même s'enfuierai devant la cacaphonie dans la chambre nuptiale.
Je compare l'Europe actuelle à un autobus avec un moteur à pédales, à trois volants, un au centre, un à droite et un à gauche, qui change de conducteur tout le temps, en changeant aussi de parcours en même temps. L'accélérateur est minuscule, caché sous le tapis; par contre, il y a au moins 26 pédales de freins toutes efficaces. La boite à vitesse possède une marche avant, qui s'enclenche uniquement le jour où le taux d'absentéisme est accceptable. Mais jamais les lundi et vendredi, lendemain ou veille de fin de semaine.
Quand le voyageur comme votre serviteur se rend dans des grands pays comme la Chine, l'Inde, les USA, le Brésil, la Russie, il se rend vite compte que ces derniers conduisent des autobus économiques avec un seul volant, avec un seul conducteur pour plusieurs années, et que c'est autrement efficace.
Le dernier vote sur la Constitution Européenne m'a navré. J'avais mis un oui dans l'urne, me réservant de voter non pour l'entrée de la Turquie quand le moment viendrait. Il y a des limites géographiques, et les pays charnières resteront des charnières, comme le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte et le Moyen Orient, la Russie, la Turquie et d'autres qui n'ont pas vocation de faire partie de cet ensemble.
Mais j'avais soigneusement lu les textes, mis en balance les avantages avec les inconvénients et m'étais forgé mon opinion.
Oui à un Ministre des Affaires Etrangères Européen, oui à un début de défense commune, oui à tout ce qui donnait une ossature à l'Europe vis à vis du reste du Monde. Oui à un vote à une majorité solide, sans léser obligatoirement les pays les moins nombreux.
Mais il faudra du temps pour revenir là dessus. Et pourtant, c'est nécessaire !
En attendant, je rève
-- à une carte d'identité Européenne, avec le dessin d'une frontière valable pour 10 ans.
-- à la suppression du mandat de Député Européen en cas d' absences consécutives ( 4 ?)
-- à une harmonisation dans des secteurs comme la TVA, qui devrait se rapprocher pour tous d'un taux unique pour le secteur considéré, pour y arriver dans 5 ans. Il est ridicule de pouvoir aller acheter son essence ou ses cigarettes en Belgique ou en Espagne.
-- à un réel effort pour s'accorder sur le contenu des mots "Social" et "Libéral" entre les tenants des deux tendances. On ne peut éviter la concurence mondiale, et j'ai grand peur que le principe des vases communicants s'applique aussi aux économies. D'où la nécessité et l'urgence du partage, de l'abandon des corporatismes et du regard toujours tourné vers le haut de l'échelle. D'où aussi la nécessité de se serrer les coudes entre pays voisins, d'unir nos compétences.
-- à une politique harmonisée du logement. Aux USA, déménager d'un bout du pays à l'autre ne pose pas de problème, c'est dans la mentalité. La famille trouvera à se loger. En Europe, la maison est tabou, et déménager sur 100 km pose toujours problème. Dans ma vie de grillon salarié, j'ai déménagé 16 fois en 30 ans. Sur les immenses chantiers Canadiens, l'arrivée de 5000 personnes avec familles est résolu par les habitations "trailers". Ce sont des caravanes sans moteurs, largeur routière, de 2 ou 3 fois 8 m de long. 40 à 60 m2, préfabriquées, transportables sur semi remorque, assemblées en quelques heures. Tout le confort y est présent. Je suis persuadé que nos constructeurs automobiles peuvent fabriquer ce genre de logement.
Sur les chantiers Français à l'étranger, les entreprises utilisent des containers préfabriqués, solution que reprennent les hôtels type Formule 1. Avec un minimum de technologie, l'ensemble serait convenablement isolé et chauffé au solaire.
Reste le problème du foncier. Ce n'est pas la place qui manque, ce sont les temps de transport qui sont souvent trop longs autour des grandes villes. La voiture a tué la voiture. Je rève de revenir en arrière, avec des interdiction de circuler avec une voiture individuelle qui seront mal acceptées, mais avec la mise en place de transports en commun gratuits pour les résidents, comme l'attribution de la carte orange gratuite.
-- à l'enseignement l'anglais depuis la maternelle et 2 autres langues européennes dès le collège. Si l'anglais a toute les chances de devenir la langue des affaires, les jeunes se parlant correctement se comprendront.
-- à un livre d'histoire unique pour tous les petits enfants, où Jeanne d'Arc, Iéna et la Shoah seront traités avec objectivité, dans chaque état.
A vous d'ajouter des images à mon rève. Demain, je remets les pieds sur terre, après demain, je vais voir si Bloladgi est toujours disposé à te raconter ce qu'il a vu en Inde du Sud.
Mais si vous êtes d'accord, pourquoi ne pas envoyer mon rève et vos commentaires à nos candidats. Quel poisson d'avril !!
09:10 Publié dans Faramblogue | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
01.01.2007
Mes voeux pour notre pays
Il n'est pas interdit de rêver et en ce début d'année, laissez- moi à mes utopies (pas Hutte aux Pies, RM, ni ut o 3,14) .
Que pourrais-je souhaiter pour notre pays pour 2007 ?
Tout d'abord, que le n° 1 élu en avril soit profondément honnête, sans chercher à s'enrichir, ni lui, ni ses proches. Qu'il ne profite pas de sa position pour s'arroger des privilèges non indispensables à sa fonction, pour se soustraire ou faire obstacle à la justice.
Ensuite, qu'il applique aux autres membres du gouvernement la même cure d'honnêteté. Je verrais bien par exemple :
-- La suppression de tous les logements de fonction, sauf au Ministre des Affaires Etrangères.
-- La publication mensuelle de toutes les notes de frais des membres du gouvernement, avec justificatifs joints, avec la possibilité de les consulter.
-- La publication annuelle de la déclaration de ses revenus et de celles des 4 999 plus hauts revenus de la fonction publique.
-- Le changement de la représentativité des députés à l'Assemblée Nationale. En effet, si l'agriculteur, le docteur ou l'avocat veulent siéger au Parlement et faire correctement son travail de député, il ne pourra pas entretenir sa ferme ou garder sa clientèle. Et une fois son mandat terminé, s'il n'est pas réélu, comment va-t-il faire vivre sa famille ? Ce n'est pas le cas pour les fonctionnaires qui retrouvent leur traitement, comme s'ils n'avaient pas été absents pendant 5 ans. Résultat: les professions privées ne se présentent pas et sont en sous-effectifs. Je propose que les si fonctionnaires retrouvent bien un poste, ce soit avec le traitement après 6 ans de carrière, et qu'ils doivent gravir les échelons comme les jeunes. Certains de vous auront d'autres idées plus égalitaires !!
-- La diminution des gens qui sont censés nous représenter. Regardez: Nous avons tous un Maire, un conseiller Cantonal siégeant au Conseil Général; une Communauté de Communes ou d'Agglomération qui regroupe des communes différentes de celles du Canton. Les Communautés en question se partagent le territoire avec des Départements dont sont élus les Députés, et la séparation des tâches des uns et des autres est bien floue. Nous faisons partie d'une Région dont le vaste hôtel de région, souvent luxueux, abrite quantité de gens tous fort occupés. Et nous arrivons à l'Assemblée Nationale et au Sénat, qui ne cessent de se désengager de leurs responsabilités au profit des autres acteurs, sans leur fournir les crédits correspondants.
Je dis qu'il y a beaucoup trop de gens que nous payons avec nos impôts, et qui se marchent sur les pieds. Pour preuve, je reçois dans ma boîte aux lettres le programme des festivités annuelles de mon village, celui du Canton, qui regroupe ses 14 villages dont le mien, celui de la Communauté d'Agglomération qui en fait de même, pour 25 d'entre eux, ( mais seulement 8 sur les 14 du canton); la ville de Carpentras m'envoie le programme de ses Estivales et celle d'Avignon celui du festival. Mais je retrouve ces deux programmes, beaucoup moins détaillés cependant, dans la brochure culturelle de la Région PACA, où Marseille tient la vedette.
Celui de la Communauté d'agglomération est tiré à 25000 exemplaires, quatre couleurs, papier glacé. À combien revient celui de la Région ?
Je suggère de garder: Le Maire, seul vraiment indispensable dans tout cela.
De supprimer les Conseillers Généraux et les Cantons. De supprimer dans les Départements tout ce qui fait double emploi avec la Région, et à terme de supprimer les fonctionnaires départementaux.
Je garde les Communautés de communes, regroupements issus de la volonté des Maires, donc de gens en général sensés et proches des citoyens. De taille moyenne, ces structures font un contre-poids à la prédominance du chef-lieu du département dans l'attribution des crédits.
Je garde les Régions, car on se sent Poitevin, Auvergnat, Lorrain ou Breton. Il faut une structure qui dépasse le département si on veut agrandir un aéroport, percer un tunnel ou construire un hôpital. Et il aura quelques députés par région pour garder un nombre suffisant de ces braves bipèdes là.
Pour ne pas fomenter inutilement une révolution, je suggère de continuer à payer intégralement le traitement à tous ceux dont je supprime le poste jusqu'à 60 ans, et sur la base du volontariat, de leur demander de s'engager dans l'action sociale.
-- Ensuite, et c'est presque fini, le suivi plus strict de toutes les aides distribuées aux RMIstes, Couverture Médicale Gratuite, Avocat commis d'office et autres avantages sociaux, qui me semblent généreusement attribués, conduisant parfois à un assistanat dont l'intéressé ne sort plus. Aider, tendre la main, accompagner, avoir du coeur, oui. Encore davantage. Mais avec justice.
-- Et pour finir, un accueil à nos frontières complètement modifié. D'un côté, l'apprentissage de la courtoisie à tous les acteurs de l'accueil, du douanier au chauffeur de taxi, en passant par le fonctionnaire de police. De l'autre, un retour au pays d'origine ou une acceptation dans les 3 mois qui suivent la demande du migrant.
J'en ai bien d'autres dans ma besace de petit grillon, représentant du peuple de la France de tout en bas, de la France terrienne, comme l'interdiction d'être juge d'instruction avant 35 ans, comme l'alourdissement des peines pour les délits de personnes élues, mais je ne veux pas vous lasser en ce début d'année, que je vous souhaite la plus heureuse possible.
Le plus utopiste des grillons
10:57 Publié dans Faramblogue | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note