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30.12.2007

Un bel échec du grillon

Faire de l'humanitaire ne s'improvise pas. Voici une petite aventure vécue à Madagascar il y a quatre ans.

Nous y avons des amis qui ont choisi de passer leur retraite, modeste, là bas, en raison du faible coût de la vie. Ils s'accommodent des inconvénients comme les conditions sanitaires très sommaires, de l'absence de routes en bon état et d'un téléphone très irrégulier.

Ceci étant, ils ont construit une école dans le village où ils se sont installés, avec l'appui de la population, du maire et d'ouvriers locaux. Présents en permanence, c'est eux qui payaient directement fournitures et matériaux au gros bourg distant d'une heure de voiture, s'y rendant avec le chef du chantier et surveillant pour éviter toute malversation.

Nous avions entendu parler, avant de partir, d'un petit village perdu dans la brousse. Un nom à rallonge, où les syllabes s'agglutinent comme les rames d'un métro. Nous y avions quelque intérêt. Dans notre périple, conduit par un chauffeur malgache indispensable pour se déplacer et traduire, un homme de confiance employé par nos amis, nous sommes allés à la rencontre de ces quelques cases, à moins de 200 kilomètres de Tananarive.

Il a fallu plusieurs heures pour faire les derniers kilomètres, dans une piste empruntée par les zébus et les charrettes, mais pas faite même pour un 4x4 japonais.

Notre arrivée n'était pas annoncée, ni annonçable. Le village un peu plus important muni d'une cabine téléphonique est à 6 h de marche. La poste ne passe évidemment pas et tous ces gens n'ont qu'une boite postale pour tous, où la femme de l'instituteur va chercher le courrier une fois par semaine.

Le bruit de Toyota fit sortir tous les enfants et les adultes présents. Arrivés sur une aire à peu près plane, où la voiture pouvait faire un demi-tour, nous sommes sortis au milieu de têtes étonnées.

Le chauffeur demanda qui commandait ici ?

Le maire: il travaille aux champs !

Pouvait-on aller le chercher; nous venions en amis !

Un gamin détale. Un bon quart d'heure plus tard, un jeune homme, short et chemisette ouverte, chapeau rose sur la tête et pieds nus comme tous les autres, fend le cercle et nous serre la main.

Nous voulons lui parler.

Il secoue la tête, gêné : il y a trop de monde ici, trop d'oreilles. Il faut un endroit calme et sa maison n'est pas disponible. J'apprendrai plus tard qu'elle n'a ni chaises ni table.

Allons à l'église

L'église est en pisé, de la dimension d'une grande pièce, avec des ouvertures sans fenêtre, mais avec une porte.
Les bancs y sont à l'ombre. Entre temps, le pasteur nous a rejoint. Notre groupe s'installe. Les têtes des gamins ont rempli toutes les ouvertures de fenêtres. Le chauffeur fait les présentations, parle de nos amis, de l'école qu'ils ont fait construire. Est ce que le maire et le pasteur acceptent un pareil projet avec leur village ?
Leur école a été emportée par un cyclone et les enfants font classe dans l'église.

Il faut laisser le temps d'apprivoiser l'idée, de se mettre à la place de ces gens qui puisent l'eau au puits, qui n'ont pas ni électricité ni bougies, mais des encore des chandelles, qui ne vont jamais chez un médecin, mais chez un guérisseur. Comme tous les parents, un meilleur avenir de leurs enfants est le premier vœu.

Finalement, timidement, étonnés que ce soit sur eux que tombe ce cadeau, ils ont accepté. Puis nous sommes passés au coût, pour une classe de 50 élèves, avec des briques de terre cuites au four, deux fenêtres, des poutres pour un toit de tôle, 10 bancs et un tableau noir. Les villageois construiraient à la morte saison, après les récoltes. Seul le prix des matériaux serait donné. Puis, nous avons compté les briques, les morceaux de bois, le nombre de plaques de tôle, l'épaisseur des planches des bancs, rabotés, oui ! Le chauffeur écrivait sur un papier. Cela a pris le temps qu'il convenait et les gamins commençaient à se fatiguer d'attendre aux embrasures.

Finalement, nous sommes arrivés à un peu plus de 1000 euros !!

Puis j'ai voulu donner au maire cette somme, car j'avais mis en réserve des économies dans la voiture.

Et là, j'ai assisté, stupéfait, à un mouvement d'effroi, à des dénégations violentes, à une peur panique chez cet homme.

Si j'accepte cet argent, dans la nuit, j'aurai le cou tranché par un voleur !

Dans un village démuni de tout, cet homme ne pouvait et ne voulait pas risquer sa vie pour 1000 euros.

Nous sommes repartis, en lui proposant de venir chercher l'argent à la capitale, pour qu'il aille payer discrètement les vendeurs de brique et de tôle. Il a accepté, et venu une fois à Tananarive, puis est reparti sans le moindre argent une deuxième fois malgré l'aide de nos amis. Un autre empêchement avait surgi, en la personne du pasteur, membre d’un soi disant église évangéliste Jésus - Mamoundy, Jésus Sauveur, qui voulait sa part du gâteau, exigeant que l'argent soit versé au siège de leur association et non au maire, sous peine de représailles.

Nous avons laissé tomber, découragés par cette cupidité, et laissé à nos amis le soin de faire de leur mieux.

J'ai toujours la vision de ces gosses au gros ventre, aux cheveux jaunes, mal nourris, pour lesquels nos grosses manières balourdes d'occidentaux ne sont pas en harmonie avec la façon d'aider.

La vie d'un homme, à Madagascar, vaut bien moins qu'un billet de banque. Je pense que c'est pareil en beaucoup d'endroits déshérités, d'Haïti au Tchad. Alors, pensez: 60.000 euros !

Quoi qu'il en soit, ce fut un échec, et on ne s'improvise pas humanitaire, même si comme moi, on a passé 15 années de sa vie hors de France en bien des pays.

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