03.07.2008

Clermont Ferrand

Alors que toute la planète est en joie après la libération des otages par l'armée Colombienne, je voudrais saluer ce matin Crabillou qui, certes avec beaucoup d'autres, a eu l'idée de lancer des appels jusque dans les journaux de Bogota. Même s'il a reconnu qu'il y avait peu de chances que sa prose soit lue par les guerrilleros en treillis, il a persévéré.

Ils sont 15 à être libres et encore beaucoup à être prisonniers. Puisse maintenant le gouvernement Colombien tendre la main aux Farc pour que la paix revienne dans ce pays.

Il n'y aura pas de portrait de Madame Bettancourt dans cette note, et je ne recopierai pas ce qui se lit ou va se lire sur les écrans.

Je présente juste de vieilles photos d'hommes au travail à notre barde Arverne, à une époque où un salaire permettait de vivre à deux. Peut être reconnaitra t'il l'endroit d'où elles ont été prises.

Tout ce que je sais, c'est qu'elles datent de 1953, qu'il s'agit d'un chantier de sondages pour trouver de l'eau effectué par notre entreprise, et que le titre du dossier mentionne Clermond-Ferrand. Je n'en sais pas plus !!

Il y a des montagnes dans le lointain sur un de ces clichés ???

Il n'y a pas de sabots aux pieds des ouvriers, mais des bérets sur la tête et des guêtres aux mollets du chef de chantier.








































C'est un des dossiers que j'ai photographié avant qu'il soit mis au rebut, n'intéressant plus grand monde.

Pour moi, il a un parfum d'honnêtes gens et je répugne à passer sous silence le travail de nos anciens, sous prétexte qu'il est démodé.

Le rapport avec la libération de personnes hors d'une jungle ? Aucun, si ce n'est le respect dû à chaque être humain.

28.06.2008

Devoir de mémoire ou blog ? Que choisiriez vous ?

L'entreprise de fondations qui m'a fait vivre a une longue histoire, à l'échelle des entreprises. Fille d'un ingénieur Italien, Giovanni Rodio, née en 1921 à Milan, elle s'implanta en France, devint après la guerre Solétanche. J'y fus nourri de 1960 à 1996, sans interruption. Devenue Soletanche-Bachy avec la fusion avec le numéro 2, c'est une entreprise prospère qui est rentrée depuis peu maintenant dans le groupe de travaux publics Vinci.

Le déménagement des bureaux de Nanterre, datant de 1956, vers des locaux à Rueil, va s'accompagner de compressions d'archives. Les vieux dossiers des années 30, jusqu'à la fusion avec Bachy en 1997 seront sacrifiés dans l'opération et mis en décharge.

L'association des anciens de Soletanche a déjà, avec l'accord des dirigeants de la Société actuelle, remis un bel échantillonage de ce qui constituait le savoir faire de l'entreprise et de son évolution aux Archives Départementales des Hauts de Seine. Mais il n'est pas question de tout mettre.

Le patron du bureau d'études, le Professeur Cambefort, un sacré bonhomme que les patrons (et tous les autres) appelait "Maître" faisait réaliser un dossier photo pour chaque chantier ou presque. Ces archives photos constituent une mémoire impressionnante de près de 2000 albums dont 200 ont été versés aux archives. Les autres iront à la benne !


J'ai entrepris de mettre les 1800 albums sur un support numérique à temps perdu, depuis le début de 2008, quand le déménagement à Rueil a été connu. Comme chaque album compte des dizaines de photos, faites le compte. Si une bonne partie est réalisée, il me faut trouver quelques semaines d'ici fin septembre. Ceci ne sera pas facile avec juillet et août remplis de petits enfants et deux balades en septembre de 10 jours chacune.

Dans ce contexte, le temps libre pour le blog sera réduit, très réduit. Mais je pense que je n'ai pas le droit de rater la dernière chance de sauvegarder un patrimoine, même si beaucoup de photos ne valent pas grand chose.
Que feriez vous à ma place ? J'ai commencé et un autre ne saurait reprendre !!!
Il y a des perles dans le lot.

Voici une parmi les albums transférés aux archives du 92. Le début des travaux de la Tour Montparnasse.






Et deux autres des fonsations du pylone émetteur de Radio Cité à Argenteuil, pylône de 150 m mis en service en 1937.




A côté des images de cette "campagne" où les asperges d'Argenteuil alimentaient la capitale, j'ai retrouvé les lignes écrite par une habitante à l'occasion de ces souvenirs en 2003. Je vous les livre.






Les souvenirs d’une jeune auditrice
"Radio Cité" - Je me souviens...
Article paru dans Impressions de Nov 2003 n°75 (Tous droits réservés)
"Sur les hauteurs de la cité Balmont, s’élevait jadis la grande antenne du poste émetteur de Radio Cité, visible depuis la fenêtre de ma chambre. Nous habitions alors avec mes parents un modeste pavillon à Orgemont. L’histoire de cette légendaire station, fondée en 1934, par le génial publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet est à jamais rattachée à ma jeunesse...

Selon les archives du Comité d’histoire de la Radiodiffusion, cette implantation ne fut pourtant pas facile

Selon les archives du Comité d’histoire de la Radiodiffusion, cette implantation ne fut pourtant pas facile :

"En plein Front populaire, le maire organise en 1936, avec des adhérents de l’association Radio-Liberté, des meetings, pour réclamer l’abrogation du décret du 28 septembre 1935 autorisant le transfert de l’émetteur capitaliste à Argenteuil ! Le principal prétexte invoqué est que les auditeurs de la région ne pourraient plus entendre d’autre poste que Radio Cité en raison du rayonnement de l’antenne proche. Sur la menace d’organiser à son tour des réunions publiques, Marcel Bleustein réussit à nouer le dialogue. Enfin, le 3 février 1937, le publicitaire confirme les accords qu’il a souscrits avec la mairie. Il verse, par chèque, une contribution de 30 000 francs aux oeuvres de la municipalité et s’engage à faire régler par ses services techniques, les postes des citoyens d’Argenteuil, voire à les remplacer gratuitement s’il ne leur était pas possible de capter d’autres stations. Après bien des péripéties, Radio-Cité émet d’Argenteuil, à partir de mai 1937. Ce fameux pylône d’antenne de 150 mètres était d’un type nouveau à grand gain et allait décupler le rayonnement tout en conservant la puissance initiale !"

Cette radio que nous écoutions avec passion sur le vieux poste de mon papa, à cause de son ton nouveau et jeune, influencera toute la radio d’avant-guerre. Son jeune directeur artistique, Jacques Canetti, louait des salles et créait les émissions publiques gratuites, comme le fameux Crochet radiophonique patronné par Monsavon, l’une des marques du groupe l’Oréal. Le succès de l’émission diffusée en public, de la salle Pleyel et du cinéma Normandie à Paris était total ! La station inventera le Music-hall des jeunes, où triomphera en solo Charles Trenet, et fera connaître la première, les chansons d’Edith Gassion... "la mome Piaf".

Je me rappelle ainsi avoir écouté diverses émissions comme : Les Fiancés de Byrrh, les Chansonniers en liberté, La Minute du bon sens. On suivait aussi La famille Duraton et le fameux Sur le banc, discussion d’un couple de clochards, interprété par Raymond Souplex et Jeanne Sourza.

Une réelle complicité s’était établie entre cette radio et nous. En 1938, l’Association des Auditeurs et petits amis de Radio Cité, dont je faisais partie, s’était créée. La station inaugura même des croisières, des excursions-surprise en train, avec pique nique offert à ses auditeurs invités.
Radio Cité avait innové également sur le plan de l’information, en étant plus rapide que la presse écrite et aussi en lançant diverses émissions, dont La Tribune des jeunes animée par Pierre Crénesse.

Je me souviens très bien de tous ces rendez-vous. J’avais obtenu de mes parents la permission d’aller suivre ces émissions, le jeudi, soit en enregistrement public à Paris, après avoir livré les robes cousues par ma mère, soit quand ils enregistraient dans l’ancien casino d’Orgemont, rue Pasteur. Notre professeur de l’Ecole Carnot nous a même aidé lors de deux Journaux scolaires réalisés au micro de Radio Cité, où je me souviens avoir retracé au micro l’historique de la ville !

Comme nous l’apprennent encore les archives, mobilisée pendant la "Drôle de guerre", Radio Cité diffusera des bulletins en tchèque, italien, roumain et anglais, à partir d’octobre 1939. Après l’invasion du 10 mai 1940, l’émetteur d’Argenteuil est miné pour être détruit, mais les officiers du Génie s’enfuient avant de le faire sauter. Quelques semaines plus tard, il va faire partie du réseau de l’Office d’information de l’armée allemande en campagne.

A Orgemont, nous écoutions Radio Londres au sous-sol de notre pavillon pendant toutes ces dures années. Hélas, pendant les combats de la Libération, trois résistants seront abattus au pied de cet émetteur au départ des soldats allemands. Soldats qui dynamitèrent, à 6h du matin, ce 25 août 1944 l’antenne (une poutrelle à treillis de 3m de côté faite pour résister à un vent de 200 kg par m2), qui nous avait apporté tant d’informations et de distractions avant guerre. C’était la fin d’une époque et de Radio Cité. Aujourd’hui, la télévision le dispute à la radio dans mes choix, mais c’est toujours avec nostalgie que je feuillette le bulletin programme de Radio Cité... que j’ai précieusement conservé."


Solange Le Lièvre est née à Argenteuil en 1921. Son père ancien de la Marine en 1914-1918 était devenu ajusteur chez Bendix à Gennevilliers et sa mère couturière. Sa famille a longtemps habité sur les hauteurs d’Orgemont. Secrétaire de direction, aujourd’hui à la retraite, cette Argenteuillaise reste très active, notamment auprès des anciens de La Maison du Lac à Enghien.

04.08.2007

Macon: Championnat de France d'aviron en 1949

Bien qu'âgé de plus de 43 ans, mon père conservait sa passion pour l'aviron. Il avait ramé dans le 8 outrigger du Cercle Nautique Marseillais lorsqu'il était étudiant, jusqu'à ce qu'un accident de moto le prive de l'usage intégral du bras gauche.
Alors, il était devenu barreur. Sa petite taille, un poids bien en dessous de la moyenne, entretenu naturellement dans des séances de courses à pied, de ski ou des parties de chasse, lui ont permis de figurer avec les garçons pendant longtemps.
La quarantaine approchant, les jeunes avaient pris la relève , mais chez les dames, les "barreuses" n'étaient pas légion. Et rien n'interdisait dans le règlement qu'un homme tienne la barre. Donc, mon digne père entraîna longtemps ces dames dans les eaux de Vieux Port et la rade de l'Estaque, entre le Ferry Boate et les paquebots Ville d'Alger ou Ville d'Oran.
Sur le marbre du buffet, dans la salle à manger, trônait la maquette d'un 8, avec les rameurs en métal courbés sur leurs pelles, trophée d'un grand prix de France.
Cette séquence se passe à Macon. C'est la dernière course à laquelle il va participer. Il barre un quatre féminin et cet équipage va remporter les championnats de France avec le célèbre C.A.M aux couleurs blanches et bleues. ( Cercle de l'Aviron de Marseille. )
Comme le veut la coutume, le barreur est jeté à l'eau par son équipage après la victoire.

J'ai recherché sans succès quelles étaient les damoiselles qui avaient fait les efforts pour tirer mon père, qui, sur son siège, se contentait de hurler les ordres.


03.08.2007

Une communion en 1949

Après la confirmation, soeurette a revêtu la longue robe blanche pour la communion. Elle marchait sur ses 12 ans.

Les caméras d'alors ne permettaient pas de filmer dans les églises et c'est à la sortie de père, mal placé devant une colonie de chapeaux , tentera d'apercevoir sa fille.
Il se rattrapera chez le photographe, qui tenait boutique juste au rez de chaussée de notre immeuble. Sa devanture regorgeait de photos de bébés à plat ventre, les cheveux éclairés par un savant contre jour, de mariés se regardant tendrement et de communiantes les yeux lévés vers un créateur invisible.
Le tout en couleurs roses et blanches, du plus bel effet pour les ménagères passant sur son trottoir.

La famille s'y rendra le jour de la communion, pour se faire prendre en petits groupes, et le père choisira dans l'album celle qui sera envoyée à la parentèle pour indiquer audelà des cloches de Marseille que le petite cousine était en règle avec l'église. Le paquet de dragées qui accompagnera la photo sera pesé à l'aulne des relations. Pas d'amandes pour la famille untel qui ne s'était pas manifestée au décès de l'oncle, un paquet pour chaque petit chez les cousins machins qui venaient toujours avec un panier de fraises ou un cageot d'asperges.

La séquence se termine par les deux communiantes de la famille, soeurette et sa cousine germaine, posant pour les photographes , juste avant le repas. Elles étaient à jeun depuis le matin et devaient trouver le temps long.

Le père se mettra désormais rarement derrière un objectif de caméra. Il tournera trois ou quatre séquences, le moral n'était plus là, jusqu'à ce qu'il rencontre la deuxième femme de sa vie.

Vous subirez ces dernières dans les jours qui viennent.


25.07.2007

Deux Baptèmes

En ce joli mois de mai 1944, l'espoir est revenu dans les coeurs français. Et c'est dans l'allégresse que fûrent célébrés les baptèmes de deux cousins.
Partis de la maison de campagne située entre Luynes et Aix, au lieu dit les Frères gris, les deux bambins ont fait la course en tête jusqu'à l'église de Luynes dans leurs poussettes aérodynamiques. Il y a bien deux bons kilomètres entre la maison et le bénitier !
Pas question de prendre la voiture pour si peu, même si la montée au retour est raide. C'est à pied, endimanchée, que toute la famille s'est rendue à la cérémonie.
Vous y verrez les oncles, tantes, cousins, cousines et autres parents, dans les tenues à la dernière mode.

Je suis certain que vous apprécierez l'élégance. Mais une chose me frappe toujours quand je regarde la silhouette des anciens : les femmes et les hommes savaient être plus sveltes qu'aujourd'hui. Bien sûr, je ne parle pas pour vous, mais pour moi, et à la rigueur pour Héraime.

Puis au retour, un premier plat est servi aux enfants. Juste après le coup de fourchette du grillon, la pellicule est endomagée, et présente un long moment de blanc. Je vous prie de m'en excuser.

Puis c'est l'heure de l'apéritif.
Une dose de gaité pour cinq volumes de bonne humeur !



Je ne vous passe pas la fin du repas, en raison d'une décence élémentaire pour les enfants qui regarderaient par hasard cette note.

Mais, la descente dans la cave de l'oncle Paul a été à la hauteur de l'évènement. C'est l'homme présent sur la dernière séquence, que viennent rejoindre les deux soeurs de mon père. La dernière arrivée est Jeanne, son épouse.

Le métier de Paul ? Canneleur ! Vous connaissez ?

10.07.2007

Dressage de chiens d'arrêt

Toujours en 1939, la chienne Hiram a donné naissance a une portée de chiots, épagneuls bretons rondouillards et espiègles. Mes parents avaient également un lapin apprivoisé, que respectait Hiram.

Regardez bien qui a peur de l'autre, quand les chiots sont mis en présence du lapinos de belle taille. C'est surtout vers la fin de la séquence.

Les deux chiots vont rester avec nous, Nic pour le mâle et Nina pour la femelle. Ils m'accompagneront jusqu'au collège.

09.07.2007

La suite de Fons Regina avec le paon.

Après une épuisante partie de cerceau, quoi de plus naturel qu'un goûter, partagé avec un paon. L'épagneul breton de mon enfance, la chienne Hiram, va bientôt devenir le premier souvenir vivace. Elle est dans ma mémoire couchée dans un grand panier, au pied de la chaudière à charbon, et ne se relèvera pas ce matin là. Elle est là, en couleur, douce et attachante gardienne.
Jean Ferrat a chanté son berger.

podcast


Le paon attirait davantage la caméra que la Bugatti paternelle, toute neuve, qu'il venait d'aller chercher dans les usines à Molsheim. Un cabriolet Ventoux décapotable jaune et noir au long museau dont l'odeur de cuir et d'huile de ricin est imprégnée à tout jamais dans mes neurones.
Sous un chapeau, car en ce temps là, l'été était à l'heure, le petit bonhomme et son copain nourissent avec ardeur le paon.
Il y aura pendant longtemps un grand bouquet de plumes sur la commode du salon. Perdues ou subtilisées ? Ma mémoire est infidèle !!



Demain, on retourne à Marseille , si vous n'êtes pas fatigué de ces bouts de films .

06.07.2007

Le grillon à la plage en barboteuse.

Continuons avec les films familiaux, et aujourd'hui, je vous présente le grillon à 18 mois. La démarche est plus asssurée, et il a été emmené à la mer, sur la Corniche, à Marseille. Cette plage, dénommée "plage du Prophète" est alors familiale, rendez vous des gens d'Endoume, vieux quartier sous Notre Dame de la Garde. Des pêcheurs y abritent leurs "pointus" , qu'il leur faut tirer sur les galets lorsque souffle le vent d'est.
Le chien , dénommé Rip, appartenant à ma tante Henriette,a été un compagnon de jeux parfait.

Plus loin, sur le sable, la famille est au "Prado". Je suis certain que vous serez conquis par l'élégance des toilettes des dames. Les scènes sont de juillet 1937. On y venait en tramway.

Ensuite, le dernier extrait vous montrera Paris en août de la même année, où mon père, alors agé de 30 ans, participait à un championnat d'aviron en 8 barré, sur la Seine.
Les images de Paris sont à la fois désuettes et savoureuses. Je demande votre attention quand vous verrez l'obélisque de la place de la Concorde. Une voiture est garée au pied. Elle appartient à mon provincial de papa !! Heureuse époque où il était permis de se garer Place de la Concorde.
Vous reconnaitrez sans peine les monuments: eux n'ont pas changé.



La limite des 150 Mo impose la coupure d'Yves Montand. Continuez à la fredonner................... C'est bien !!!

A demain, si vous le voulez bien !

28.12.2006

Jojo et le taxi

Vous conaissez mon père, dentiste de son état, qui avait eu un jour deux têtes, l'une rasée, l'autre chevelue, pour recevoir ses clients.
Au tout début de sa carrière, c'était une lointaine parente, Léontine, qui lui servait d'assistante. Pas besoin en ce temps là de diplômes savants, la gentilesse et la bonne humeur suffisaient. Et Léontine n'en manquait pas. Le cabinet dentaire se trouvait à Saint Antoine, au nord de Marseille, après la terrible montée de la Viste.
Montée que les conducteurs du tramway redoutaient les jours de pluie, à l'heure de pointe, car les roues patinaient. Le wattman assistant, courait alors à côté du tram, une boîte de sable à la main, et en déversait sans en gaspiller devant les roues de la motrice. Il criait aux voyageurs accrochés à l'extérieur du wagon de descendre et c'était une grappe humaine qui suivait le tram crissant sur ses rails sablés.
Revenant à Léontine, elle connaissait tous les clients, se rendait dans la salle d'attente pour tailler une bavette avec la crémière ou le patissier et s'enquérir de la santé du petit dernier. A l'appel du dentiste, elle sortait en trottinant. Je l'ai connu sur la fin de sa tâche. Elle couvait son cousin, lui faisait à manger à midi, et le grondait quand il sortait sans son chapeau. Elle m'aimait bien et le jeudi, entre deux clients, m'abreuvait de sirop d'orgeat.
Léontine ne s'est jamais mariée, elle vivait pour les autres. Elle avait un neveu, Jojo, grand garçon un peu benêt, mal entendant, qui zozotait un peu et qui n'avait jamais réussi à l'école. Et le Jojo fût garçon de courses chez mon père.

Il allait porter les empreintes de plâtre, les cires et autres couronnes chez le prothésiste, revenait avec les bridges et inlays. Il faisait la queue chez le boucher ou le boulanger pour les achats de nourriture, et même chez le poissonnier à l'autre bout de Marseille.
Mon père travaillait tard, restait ouvert après la dernière séance de cinéma et cela faisait de longues heures de présence.
Mais le travail le plus important de Jojo, c'était de trouver les taxis pour les clients qui souhaitait retourner au centre de Marseille. Venir, c'était simple, il y avait des taxis un peu partout au centre. Mais les clientes aisées de l'après midi n'en trouvaient guère à Saint Antoine.
Alors, dix minutes avant la fin de l'intervention, papa envoyait Jojo chercher un taxi.

Ce jour là, le père soignait la femme d'un important entrepreneur de Travaux Publics marseillais, (qui s'est regroupé plus tard avec d'autres pour former Les Grands Travaux de Marseille, actuel Vinci) .

Père : Jojo, vas chercher un taxi pour Madame C.
Jojo: Tout de chuite, Mousieur Vial; tout de chuite.

Et Jojo descend en courant :

Au bout de deux à trois minutes, le voila qui remonte en courant.

Père à Madame C: Tè , il aura vite fait cette fois. D'habitude, il lui faut un quart d'heure au moinsse.

Et Jojo qui passe la tête par la porte: Dites Mousieur Vial, de quelle couleur vous le voulez, le tacssi !

Au regard noir lancé sans répondre par mon père, Jojo redescendit encore plus vite, tandis que Madame C se tenait les côtes, écroulée par le rire.

Mais quand mon père lui demanda d'ouvrir la bouche, c'est qu'elle avait avalé une des dents de son appareil, non encore scellée. Et cette histoire authentique fait partie du patrimoine familial, avec les autres histoires de Jojo, grand enfant à l'âme simple.

Si je vous raconte ça, c'est que Jojo, aujourd'hui, il serait SDF dans le froid, sans diplômes, entre deux cartons dans un recoin de la bonne ville de Marseille.
Alors, si vous en rencontrez, demandez leur d'aller vous chercher un taxi !