16.07.2007

Défilé immobile, pour réconforter Framboisine

Il était une fois du côté d'Ormesson, dans le 94, un commerçant affable, avenant, présentant en vitrine de splendides objets en rotin. Nous y entrâmes, ma moitié et moi, ce qui faisait deux et non un et demi, comme le dit Valter.
Venus pour nous offrir une lampe ou un plateau, nous en sommes sortis avec un lit complet, en rotin de la tête aux pieds.
Comme nous déménagions deux semaines plus tard en Provence, les éléments nous fûrent livrés au terrier actuel.

Au bout de cinq à six semaines, les pieds vinrent à manquer ............ de solidité.
Ohé Ohé, rotinier, faudrait voir à les réparer !

A l'examen , il y avait un vice caché évident. La fixation originelle ne pouvait pas tenir.

Au téléphone, le commerçant, nous sentant loin de sa vitrine, tergiversa, ergota, nous dit de contacter le fabricant. Lui n'était que revendeur. il n'était pas dans le meuble. Il ne pouvait rien faire.
Il ne savait pas que le grillon n'avait qu'un pied dans le midi, gardant l'autre 6 mois par an dans son logis banlieusard.

Une fois remonté en région parisienne, aussi frustré que Framboisine, n'obtenant pas de réponse malgré mes demandes, je décidais de faire une manifestation à moi tout seul.
Il faut préciser que l'accès au dit magasin se faisait depuis la nationale 4, un peu après un feu rouge, à la sortie de Paris. Il y avait force voitures et les passagers arrêtés avait tout le temps de lire une pancarte.

J'ai donc fabriqué un panneau de belle taille, avec des lettres bien visibles, qui disait ceci: CLIENT MECONTENT DU SERVICE APRES VENTE
DU MAGASIN ETC ETC .....
et je me suis installé un samedi matin sur le trottoir avec un tabouret et mon écriteau.

Rien n'a bougé du côté du magasin. Je n'ai interpellé personne, mais presque tous les clients rentrant m'ont demandé pourquoi j'étais aussi mauvais coucheur !
Je leur disais que comme on fait son lit, on se couche ; ma bonne dame !!! et débitait ma salade.

Le samedi suivant, rebelote à 10 h du matin, à l'ouverture. Un agent de la force publique, dépêché par la boutique, vint m'intimer l'ordre de circuler. Je n'avais pas le droit de stationner sur le trottoir, parait-il, pour des questions de sécurité. Bonne pâte, j'ai rangé mon tabouret , et j'ai fait les cent pas, ce qui était mon droit le plus absolu, car un trottoir est fait pour trotter, trottiner, voire tapiner. J'ai donc fait le trottoir, relevant lestement un pan de l'imperméable, geste attirant immédiatement tous les regards, traversant au feu rouge dans les deux sens pour que les voitures profitent de l'écriteau, tant du côté gauche que du droit.

J'ai eu mon petit succès, avec applaudissements de certains. La boutique me dépêcha un émissaire pour savoir qui j'étais. Il repartit, avec copie des lettres auxquelles je n'avais pas reçu de réponse, avertir son patron que le fou en imperméable ( il pleuvait) ne craignait pas l'eau. Dans les Travaux Publics, on vous donne de très bons imperméables et des bottes solides !!!

Le troisième samedi, belote, rebelote et dix de der. Il faisait beau, le printemps arrivait, les clients affluaient comme les escargots dans le panier d'Heraime, et butaient sur une pancarte, désormais enrichie de tracts et de photo du défaut.
Certains faisaient demi-tour.
Organisé désormais, vieux routier des sièges à la Vauban, mon sac à dos contenait petit thermos, café chaud, biscuits et même un livre pour les moments creux.
Je commençais à faire partie du paysage, certains conducteurs me saluaient d'un coup de klaxon, je connaissais les chauffeurs du bus. Bref, je m'enracinais dans le bitume.

En fin de matinée, le patron vint à Canossa, reconnaître qu'après tout, tout bien considéré, ayant contacté l'usine, dans un geste commercial, bref, que si je voulais bien cacher ma pancarte, il était prêt à discuter.
Mais, rendu méfiant par son attitude précédente, nous avons négocié sous la pancarte, en pleine rue. Je demandais la réparation, les frais de transport depuis le terrier et une somme de 2000 francs pour dommages et intérêts. Nous avons terminé avec les deux premiers points, 800 francs de dommages, et je lui laissais la pancarte !

Nous sommes rentrés dans son magasin pour mettre cela noir sur blanc.

Ainsi fût fait.
J'ai obtenu un effet secondaire imprévu: suggérant une fois à mes ados d'enfants de m'accompagner, la honte d'être vu en compagnie de leur père harnaché ainsi les a fait fuir.

Plus tard, quand il fallait sévir, la menace de faire un tour dans le quartier à pied en ma compagnie dans cette tenue rétablissait le calme et la tranquillité.

Non, je n'ai pas de photo ! Désolé, il vous faudra imaginer.

Alors Framboisine, je te donne la recette, j'ai toujours l'imperméable et je te garantis qu'installée devant une boutique Orange Télécom, tu t'offriras un franc succès.

26.03.2007

Le sac de billes

Vous avez déjà vu vivre mon père, sur plusieurs épisodes, se faire raser à moitié la tête par son coiffeur, s’occuper de Jojo, et installer un flipper dans sa salle d’attente ! Tout cela se passera plus tard que cette histoire là, après la libération.

Le pater familias, à 50% italien, brun aux cheveux noirs, de petite taille, plaisantait volontiers avec ses clients, mais pas avec la discipline.
En 1942, garçon âgé de 6 jeunes années, suivi d’une sœur de deux ans ma cadette, nous étions, j’en suis persuadé, les plus beaux enfants du monde pour nos parents.

Nous avions déménagé de Marseille, où les bombes lâchées de 10 km de haut profitaient du mistral pour germer un peu partout, pour une préfecture quelque peu plus tranquille, voire endormie, celle des Hautes Alpes.
Là, le père avait réouvert un cabinet dentaire à Gap, puis un deuxième à St Bonnet le jour du marché , soigné les mâchoires des robustes paysans du Champsaur, puis les caries de l’armée Italienne.
Les devoirs du soir s’exhibaient entre un Crachez - Rincez vous ! et un Ouvrez grand- Ne bougez plus ! ! Mais l’œil était aussi rapide que la roulette et la paire de gifle gratuite en cas d’erreur grossière. Valait mieux annoncer qu’on avait pas compris ! ! On avait droit à un cours de rattrapage accéléré.
Mais une fois les devoirs et leçons remis dans le cartable, suivait la séance de tir aux billes ! ! Oui, j’avais des leçons de billes. Attendez, vous allez voir. Avec la roulette, sur une bille de pierre dure, il avait tracé des méridiens et des longitudes. Comme ça, entre le pouce et l’index, la bille ne glissait pas, quelque soit la pression appliquée. On ne pouvait pas « chiquer » Sur le carrelage, une espèce de marelle était tracée, avec des traits régulièrement espacés. 50 cm, 60 cm, etc jusqu’à 1 mètre. Je devais placer une série de billes sur le trait choisi et faire mes gammes, avec mon missile balistique rainuré !
Après quelques séances d’entraînement, le tir à un mètre ne me faisait pas peur
Mon sac de billes s’arrondissait après une ou deux récrés ! La « tireuse scarifiée à l’africaine » faisait des envieux. On essaya de la déclarer illégale, non conforme aux normes internationales du Lycée de Gap ! Mais même avec sa sœur au teint lisse, j’avais acquis une longueur d’avance au tir et continuait innocemment à « plumer » mes gentils camarades, du haut de mes 6 ans.
Il faut dire que j’avais aussi une longueur d’avance scolaire, étant en 10 ème, l’équivalent de CE 1 , avec des enfants de 1 à 2 ans plus âgés.
Aussi, un soir, la révolte gronda et après la classe, je me laissais entraîner à une partie de billes sur la place Marcellin,
Une fois le sac bien rond, une poussée dans le dos me fit tout lâcher. J’assistais impuissant au partage et rentrai en larmes, l’enveloppe vide pendant lamentablement au bout du poignée.
Mais demander à goûter les yeux embués ne passa pas inaperçu ! Le père mis au courant laissa son client sur le fauteuil, me saisit le bras avec force et me traîna à toute allure sur la place où les « copains » continuaient, sans méfiance , à utiliser mon matériel.
Secoué sans ménagement par une oreille, je désignai un fautif, qui sentant le regard furibond de l’adulte, détala comme un lapin. Mais le père courrait lui aussi, et des jambes de 30 ans sont encore plus rapides que des gambettes de 8 ans. Le fugitif se vit rattraper, et à son ébahissement, déposséder d’une chaussure ! ! !

Tu diras à ton père de venir la chercher ce soir chez moi. Et tu as intérêt à ramener les billes en même temps . ! !

C’est ce qui se passa, la chaussure fût rendu, les billes presque toutes, surtout le « missile » par un « grand » qui n’en menait pas large ! ! Je n’ai pas été autorisé à assister au Canossa du fautif, et fût prier ensuite d’éviter les billes à l’école pour un temps ! !

C’est ainsi qu’en ce temps là, la justice était rendue.

Pourrait –on aujourd’hui en faire autant sans risque ? ?

27.01.2007

Histoire de trou de balle

Le chirurgien se leva du fauteuil de mon dentiste de père et lui demanda ce qu'il lui devait. Il était réputé à Marseille comme excellent . Tous deux se connaissaient de longue date, ayant fait de l'aviron ensemble sous les couleurs phocéennes dans leur jeunesse.

Je t'ai soigné la molaire du fond, et je l'ai plombée. Il y avait une belle carie, un sacré trou, lui expliqua la blouse blanche. Tu devais souffrir depuis longtemps.

Tu sais, j'ai tout ce qu'il faut pour me calmer. Dis à Jojo de me chercher un taxi !

Oh, t'as plus de voiture ?

Si, j'en ai une, elle marche, mais je peux pas m'en servir!

Ben ça alors ! Explique toi.

Tu as un moment ? Bon ! Le mois dernier, au matin, j'arrive à la clinique; mon assistante, un peu pale, m'attrape comme je vais pour pénétrer dans mon bureau. Docteur, il y a trois messieurs dedans, un est blessé. J'ai pas pu les empêcher de rentrer.

Deux armoires à glace en souliers vernis se tenaient debout à côté d'un bonhomme qui lui, se tenait l'épaule, assis dans un fauteuil. Le costume ensanglanté, il avait reçu une balle dans la nuit, cadeau d'un règlement de compte.

Avec un bel accent corse, il me demande de l'opérer et surtout, de ne pas remplir les papiers tout de suite. Tu sais, chaque fois que tu enlèves du plomb, il faut le signaler à la police. Curieuse, elle vient voir et le gars n'y tenait pas.
Tu sais ce que c'est, je lui ai retiré sa balle, il a été soigné en chambre seule, ces deux gardes du corps ont monté la garde et j'ai signé les papiers le jour de son départ.

Toubib, merci pour ce que vous avez fait. Si vous avez un jour des ennuis, on ne sait jamais, vous pourrez faire appel à moi. Au Petit bar, à la Belle de Mai (c'est un quartier de Marseille) vous demandez "XXX" et vous lui dites de me faire la commission.

Le temps a passé, mais hier matin, en sortant de chez moi, plus de voiture sur le trottoir. On me l'avait barbotée. Alors, je me suis rappelé la promesse du truand. Peut être il saura qui a fait le coup et la retrouvera.
Je vais à la Belle de Mai, le chauffeur de taxi me regarde bizarrement quand je lui dit d'attendre. En rentrant, j'étais pas chez moi. Tout le monde a baissé la tête, c'est devenu lourd d'un coup. Ils me prenaient pour un poulet ! Au garçon du bar, je lui dit que je viens de la part de mon client, et que je veux parler à "XXX" . Il me dit que c'est lui, et je lui débite mon histoire de voiture volée.
Là, mon vieux, il me demande tout le type, la voiture, les numéros des plaques, les phares, la couleur . J'avais une 15 cv Citroen, mais t'as plusieurs modèles ! La mienne c'était une 52, mais sans le gros coffre, la couleur, tu peux pas te tromper, c'est noir!

Tu me croiras pas, mais le lendemain matin, devant chez moi, j'avais ma voiture, au même endroit, avec ses plaques. Fortiche le gars, que je me dis.

Seulement, s'il y avait bien les clefs sur le contact, et même le plein d'essence, la couleur des sièges n'était pas la même. Ils l'avaient fauchée, cette bagnole.
Alors, qu'est ce que j'en fais maintenant ?
Jojo, tu l'as trouvé ce taxi ?

23.01.2007

Félicitations pour Marie Clo et Jeremie

Vous savez tous que le numéro de février récompense les blogs de Jérémie et Marie Clo.
Comme leur déménagement m'a empéché de les féliciter avant que leur internet soit débranché, je le fais maintenant, en modifiant légèrement une première note.


Quand MarieClo la belle bergère
Avec Jérémie déménagea,
C'est dans les cartons pour ce faire,
qu'enfin Notre temps les prima.
Lorsqu' à nouveau ils émergèrent
Le petit grillon le chanta

Et pour accompagner ce pastiche de Brassens, voici en leur honneur la chanson du grand poète: Brave Margot.

podcast



Quand M’Clo rédigeait son message
Tous les gars, tous les gars des parages,
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Et M’Clo, qu’était simple et très sage
Pensait que c’était pour voir son blog- Ah
Que tous les gars, tous les gars des parages
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la

L’maitre de chorale et ses p’tits choeurs
Le Minou, le Bernard, le Marcel
Tous négligeaient carrément leur note pour voir ça
Le grillon, d’ordinaire si leste,
pour voir ça n’écrivait plus
les textes que personne au reste
n’aurait lus .
Pour voir ça, Dieu le leur pardonne,
les enfants de Miche au milieu
de la sainte console abandonnent
tous les jeux.

Les Gen Claude, même les Gen Claude,
qui sont d’ordinaire si futés
se laissaient prendre au charme
des jolis couplets.

Quand M’Clo rédigeait son message
Tous les gars, tous les gars des parages,
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Et M’Clo, qu’était simple et très sage
Pensait que c’était pour voir son blog. Ah
Que tous les gars, tous les gars des parages
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la

Et toutes ses amies communes,
encouragées par ce talent,
supprimèrent leurs lacunes
patiemment.
Puis un jour ivres de lumière
Elles s’armèrent de crayons
et farouches elles publièrent
leurs émotions.

M’Clo avec tous ses charmes
sans l’arroser, avec son mari
déménagea , avec armes
bagages et tutti quanti.

Le grillon raconta l’histoire
On fêta l’événement
Que les blogeurs racontent encore
A tous leurs enfants

Quand M’Clo rédigeait son message
Tous les gars, tous les gars des parages,
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Et M’Clo, qu’était simple et très sage
Pensait que c’était pour voir son blog. Ah
Que tous les gars, tous les gars des parages
Etaient là, la ,la, la, la, la, la
Etaient là, la ,la, la, la, la, la

16.01.2007

L'appelé, l'engagé et le galonné

Par un beau soleil de début juillet, dans l’année yé-yé de 1960, un jeune homme en civil avec cheveux longs entrait dans la cour du 7ème régiment du génie en Avignon, pour y faire ses classes.
Il n’avait pas participé pendant ses études à la préparation militaire, qui lui aurait donné le droit de rentrer dans une école d’officiers de réserve. Il avait préféré la ripaille, le sport et les filles. Sauf que l’une lui avait passé la bague au doigt, il s’agissait maintenant d’éviter de partir en Algérie dans les deux mois et de gagner du temps.
Tondu, vacciné, déguisé en bidasse, il rejoignit une trentaine d’autres bipèdes regroupé dans une section. Elle était théoriquement sous les ordres d’un lieutenant sorti de l’école d’officiers de réserve, mais un vieil adjudant, ranci des brodequins jusqu’aux cheveux, en était le véritable chef. Il passait sa hargne et sa haine de sa hiérarchie sur les appelés que nous étions.
Avec mon diplôme d’ingénieur casseur de cailloux, je postulais pour l’école d’ officiers de réserve d’Angers. Il fallait passer un concours d’entrée, dont la préparation se faisait, non à Avignon, mais chez les paras à Castelsarrasin. Elle commençait dans 3 semaines. Avant mon départ , l ‘adjudant ranci s’essuya sa morgue sur mon échine.
Lit jugé non « au carré » à l’inspection du matin, drap et couvertures défaites par ses soins juste avant le rassemblement pour me faire arriver en retard, corvée de chiots en cadeau, refus de permission, bref, la totale avant mon départ. et avec ça : des Oui mon adjudant, Oui mon adjudant obligatoires. Bref, l’armée dans tout ce qu’elle a de raté.
Arrivé à Castelsarrasin, la section des candidats au concours d’entrée comprenait une vingtaine de bipèdes, avec beaucoup de folkloriques. Mais le colonel nous avertit qu’il n’y avait que deux reçus. Bigre, fallait faire attention à ne pas déplaire ! ! ! !
Si je n’étais pas l’un des deux, billet direct pour l’Algérie pour déloger les fellaghas (c’est comme ça qu’on disait) dans les grottes de l’Aurès.
Passons sur cette instruction, que je raconterai peut être un jour.
A l’annonce des résultats, en novembre, j’étais comme Poulidor, second derrière un gars qui voulait faire carrière dans l’armée, fils de Commandant. Il avait des biceps plus gros que les miens, mais bien que mes tendons soient plus affûtés, il était normal qu’il soit devant. Tout heureux, j’annonçais la nouvelle à ma bien aimée, que je n’avais pas serré dans mes bras depuis trois mois.
Puis arriva la nouvelle : Si j’avais bien réussi au concours, l’école d’Angers, à cette session là, n’acceptait qu’un seul candidat venant de Castelsarrasin. Je rejoindrai Angers en janvier ; en attendant, retour à Avignon !
Quittant béret rouge et rangers, le fourrier para me redonne la tenue d’été avignonnaise portée en arrivant, avec laquelle, après le voyage en train, j’ai le plaisir de saluer mon vieil ami l’adjudant.
Et là, si je suis toujours bidasse de 2ème classe, je lui explique qu’après l’école d’Angers, je serai officier, et que je redemanderai Avignon comme affectation. Qui sait, je serai peut-être son chef hiérarchique, avec de la mémoire cette fois.

Alors, là, j’ai vu la transformation du bonhomme, l’effondrement, la veulerie du personnage. Il fallait résoudre le cas de mon statut ; impossible de me donner un grade, je n’avais pas fait les classes de sous officiers, mais celles d’officiers. Le commandant résolu la question en me nommant 2ème classe F.F.C. Faisant Fonction de Caporal. Caporal virtuel, en quelque sorte.
Un pacte fut scellé avec l’adjudant : je faisais l’instruction des nouveaux bidasses, il faisait le minimum, mes permissions étaient accordées et je mangeais au mess des sous-off.
J’ai passé deux mois de pacha. Il y en aura d’autres pendant les mois qui vont suivre. Mais ceci est une autre histoire.

Si je vous ai raconté tout cela, c’est que les évènements récents m’ont fait pensé à cette péripétie entre un engagé, un appelé et un galonné.

Récemment, un homme politique a franchi les portes d’un palais avec tous ses muscles pour rentrer dans l’arène de formation des Présidents de la République. Son chef direct, l’adjudant de service, a tout fait pour l’en empêcher. Le galonné en chef n’a rien dit et laissé faire.
Les classes vont durer 3 bons mois mais il n’y aura qu’une place, à l’Elysée comme à Angers.
Qui sait s’il ne va pas se retrouver second, avec une longue attente, qui ne sera pas de 2 mois, mais de 5 ans, à patienter, en retrouvant le vieil adjudant . Qui sait si cette fois, ce n'est pas le tendon qui primera sur le biceps ?

Il n’est pas certain cette fois que le mess des sous-officiers soit ouvert.

12.01.2007

Jojo et la partie gratuite, sur fond de faits divers

D’ordinaire, le grillon écoute la télé plus qu’il ne la regarde. Hier midi, après une longue période de sevrage, il a ouvert la lucarne à midi et demie sur la 3.
Deux enfants venaient d’être retrouvés, après une fugue avec un jeune homme un peu simple d’esprit qui aimait les enfants du quartier et jouait volontiers avec eux, sans leur faire de mal. Il a retiré de l’argent dans un distributeur pour les faire manger, les a emmener dans une grande surface, et j’ai l’impression que les gamins se sont bien amusés. L’info passe en fin de journal, et le présentateur coupe la parole au reporter.
A 13 h, sur la 2, tout autre ton. L’enlèvement est au début du journal, la cavale du déséquilibré a duré 20 h , le dispositif alerte enlèvement du gouvernement a permis de les retrouver. Beaucoup de photos voitures de pompiers, d’ambulance.
Le soir, sur le 20 h de TF1, rebelote. pour voir jusqu’où irai la désinformation. Ca ne rate pas. En tout début, un corps blanc dans un linceul traverse l’écran. Il est transis de froid. La cellule psychologique est en place, les parents sont en gros plan, un enfant à l’hôpital. Tout juste si le présentateur n’est pas navré , non, j’ai le regret de vous dire qu’ils n’ont pas été violés. L’alerte enlèvement a fonctionné, trois personnes les ont vus, (sans prévenir, ce qui est passé sous silence, car c’est le distributeur de billets qui a permis de les localiser)
Le ravisseur, placé en garde à vue, n’a pas conscience de l’acte effroyable qu’il vient d’accomplir, nous dit son avocat.

Tout cela est truqué, manipulé, excessif. Dans le même journal, TF1 se glorifie d’avoir 98 / 100 des meilleures émissions. J’ai honte pour ceux qui abusent de cette morbidité.

Alors, pour changer un peu, voici une histoire d’un autre handicapé léger, Jojo, l’assistant de mon dentiste de père.
Nous sommes au début des années 50, à Marseille, dans les quartiers nord.
Le père s’est remarié . Le frère cadet de sa femme répare des babys foot et des billards électriques. De temps en temps, un flipper réparé ne trouve pas immédiatement preneur dans un bar. Alors, le paternel, de mèche avec le frérot, fait installer le dit flipper dans sa salle d’attente pour un jour ou deux , mais sans bien entendu faire payer les parties.
Les clients trouvent cela plutôt agréable, avant de passer sur le fauteuil, de pouvoir jouer gratis et de ne pas voir le temps passer.
Le soir, quand mon père soigne le dernier client, mon Jojo file dans la salle d’attente se payer une partie ou deux, en priant pour que les soins durent ! Il se régale, et bing, et bang, et je te la renvoie, cette bille , je te la remonte, bing, dans le couloir, les trois bumpers , la machine clignote, tout s’allume. Bingo. 300.000 points avec la première bille. La deuxième fait un tabac, 500.000, 600.000 ça y est 700.000. C’est gagné.

Et quand mon père, après avoir raccompagné à la porte ce soir là le dernier client vient chercher Jojo en lui disant : Oh , Jojo, c’est l’heure, je ferme ! ! Il s’entendit répondre ce jour là:
Moussieur Vial, zous pouvez pas fermer, z’ai gagné une partie gratuite !!

Sacré Jojo, je suis sûr qu’il a fini sa partie gratuite au paradis

Je vous souhaite une bonne journée

11.01.2007

Matinée aux trois parfums

Hier le grillon a retrouvé son chien gardé par ses enfants dans le midi. Puis il a repris la route pour atteindre ses pénates, ouvert sa maison, ce qui n'était pas arrivé depuis bien longtemps. Il a remis le puits en marche, allumé du feu dans sa cheminée et défait les valises. Juste avant l'aube, il est parti au pied du Ventoux retrouver le dernier boulanger qui cuit son pain au feu de bois. Il lui dit qu'il lui revenait après trois mois d'errances diverses, de l'Italie à la Corse en passant par la Lorraine et l'Inde, après Iban le dernier né.
Puis il a offert à son chien, emmené pour l'occasion, un bouquet d'odeurs de sangliers et de lapins dans les sous bois, tandis que la lune, fève oubliée par les rois mages, brillait dans la grande galette du ciel noir provençal.
Tandis que la truffe se remplissait de parfums oubliés, l'horloge du matin déroulait sa magie de couleurs. Sur la gauche, le noir sommet restait impassible, pelé et morose. Plus bas, un filet argenté découpait les arbres en ombres de marionnettes sur la crête. A droite, le rose et l'orange hésitaient encore à remplir l'opale du ciel.
Près de moi, un pin princier tendait ses rameaux vers la lune, solitaire dans une clairière. Le chien mâchouillait maladroitement de grandes herbes purgatives, grand plaisir de toujours. Une chouette se lamentait sur la perte de sa nuit, et les mésanges, fauvettes et pinsons pépiaient déjà vers l'âme sœur.


Quel plaisir d'attendre l'éclosion de la chrysalide matinale, l'arrivée du bleu au milieu des rouges et or, le premier gros dos d'un soleil endormi. J'y suis resté longtemps, me baignant dans les chants d'oiseaux, émerveillé spectateur immobile d'un lever du jour loin des hommes.

Au loin, très loin, la route comptait le passage des phares vers Carpentras ou ailleurs.
Alors, je suis redescendu vers la plaine du Comtat, encore emmitouflée de brumes blanches, de lambeaux de nuages cotonneux. La voiture sentait bon le pain chaud. La journée allait être belle.
Maintenant, je vais ouvrir mon courrier, je sais que vous avez été nombreux à écrire, que ma boîte déborde et que je suis en retard.

Mais je voulais vous offrir ce premier matin aux trois parfums, celui du pain, celui de l'aurore et celui des oiseaux. Merci pour les vœux que je vais découvrir, et à chacune et chacun d'entre vous, que la joie d'être en vie soit plus forte que les misères du moment.

30.12.2006

Jojo, oh Jojo !!! Tu m'entends ?

Vous avez aimé l'histoire de Jojo et du taxi. Avec un tel oiseau, il n'était pas rare que le père Vial pique une colère mémorable de méditerranéen, avecque les gessstes, quand le Jojo lui jouait un tour à sa façon.

Je vous ai dit que Jojo était dur d'oreille, entendant certains sons, mais pas d'autres. Aussi, mon père le fit appareiller, avec le sonotone en vigueur alors.

Les premiers jours, ce fût merveilleux. Il entendait tout, il pouvait écouter le poste et les chansons.

Mon père lui avait recommandé de couper le contact le soir, quand il se couchait, pour ne pas user les piles, fort chères à l'époque. C'est le dentiste qui les remplaçait. Et il lui avait appris à le faire.

Un après-midi, mon dentiste de père appelle depuis son cabiner le Jojo, assis dans la cuisine. Il arrive aussitôt.

Vouih Mousieur Vial, z'arrive !
Jojo, va me rechercher le porte empreinte à l'atelier, celui de tout à l'heure.
Vouih, Mousieur Vial, tout de zouite .

Et voila notre Jojo qui tourne les talons et va pour sortir de la pièce.
Jojo, en même temps, ramène- moi du plâtre, demande mon père.
Et mon Jojo qui ferme la porte, sans réagir.
Oh Jojo, tu m'entends ? Il me faut du plâtre !
Toujours rien, Jojo est aux abonnés absents.

Alors mon père quitte son client, se rend à l'atelier où sont stockées les fournitures et tape sur l'épaule de Jojo.

Oh Mousieur Vial, vous m'avez fait peur. !
Et de rebrancher son sonotone en expliquant : Les piles, elles sont zhères, alors, je les économise, même le jour. Comme ça, za vous coûtera moinsse !

Brave Jojo, qui laissa à son tour mon père sans réaction.

Plus tard, Jojo pencha son béret sur l'oreille et se laissa pousser les favoris. Il avait beau être simple, il manifestait une certaine coquetterie, avec parfois des goûts surprenants.
Si une cliente lui faisait compliment: Mon Dieu, Jojo, comme tu es beau aujourd'hui, il se le répétait tout le jour avec un grand sourire. T’as vu, elle m'a dit que z'étais beau.

Mais oui, Jojo, tu seras toujours beau.

21.12.2006

Iban et le Tetaïre

Hier, pendant que je vous présentais la récolte de kiwis et autres kakis, en réalité, j'occupais les dernières heures d'attente bien fébriles d'un de mes gendres.
Dans l'après midi, il nous a conduit à la maternité où l'aînée de nos filles devait donner naissance à un garçon.
La césarienne délivrait à 14 h 30 Iban ( jean en Basque), potelé et souriant, heureux de pouvoir pisser à l'air libre pour la première fois. Des cheveux bien noirs, un nez que ne renierons pas ses ancêtres du côté de Biarritz, 3,3 kg et 51 cm à donner comme renseignements téléphoniques, il nous a été présenté un peu plus tard, affamé et s'attaquant à sa main en guise de sandwitch.
C'est le n° 8 de nos petits enfants en vie aujourd'hui, une petite fille n'ayant vécu que quelques minutes.

Sur sa première photo, le Sieur Iban est âgé d'une heure et se réchauffe après la toilette.

medium_img_1407.jpg


Nous avons quitté alors la maman, qui s'essayait, aidée d'une sage-femme, à mettre en relation une bouche remuante avec un bout de sein un peu paresseux.

Cette scène m'a fait revenir en mémoire une visite que j'avais faite, étant gamin, à une cousine dans une situation analogue, à la maternité d'alors.

Et mon père s'était écrié alors:

IL FAUT FAIRE VENIR LE TETAÏRE.


Je vous livre l'histoire telle qu'on la racontait dans les veillées, au coin d'un feu, pour rassurer les futures mamans :

Tout petit, le père Anselme avait déjà le don. Sa maman était morte en lui donnant le jour, devant sa soeur aînée, la tante Zine, venue aider la famille. Le papa, éploré, ne savait comment faire pour élever son dernier. Trop pauvre pour payer une nourrice, il se rongeait les sangs.
Zine, qui avait marché sur ses 40 ans depuis longtemps et dont le dernier poupon allait à l'école, pour apaiser les cris de faim du nouveau-né, le temps de traire la chèvre, le mit au sein.
Et là, miracle, le petit Anselme se mit à téter de toute sa petite force et Zine , ébahie, sentit sourdre une montée de lait. Le petit avait le don, il faisait venir le lait, c'était un tétaïre, comme on dit dans le pays de Mistral.
La nouvelle fit le tour du village, courût jusqu'au bourg voisin,s'attarda autour des lavoirs, puis s'envola vers le chef lieu du canton.
Un tétaïre, oui, le petit Anselme, c'en est un. La pauvre Marie, oui, celle qui est morte en couches, la soeur de Zine, vous savez pas? Eh beh, en arrivant au Paradis, elle a demandé à la Bonne Mère de sauver son petit. Et la Sainte Vierge, elle lui a donné le don de faire venir le lait.

Et Anselme de continuer à prendre du poids, à Zine de continuer à le nourrir. Mais, dans les alentours, chaque fois qu'une maman donnait la vie, si la montée de lait tardait un peu, elle faisait demander à la Zine de lui prêter Anselme pour un repas de plus.
A chaque fois, le petit gars, miracle ou pas, ouvrait la boite à lait pour le nourrisson. Et le père ne se faisait jamais payer, car le Christ ne s'est jamais fait payer pour ses miracles. Mais comme il acceptait les cadeaux, sa maison ne manqua jamais d'huile, de farine ou de vin.
Puis Anselme eut l'âge de faire sa communion. Le curé lui recommenda de ne plus s'approcher des jeunes mamans, il était grand désormais et cela ne pouvait plus se faire.
Le canton perdit son tétaïre, car on n'outrepassait pas les paroles de l'église.
Quand Anselme prit femme, celle-ci devint une nourrice recherchée. Pensez donc, elle avait assez de lait pour nourrir trois angelots. Sûr qu'Anselme y était pour quelque chose.
Puis le temps passa, Anselme se courba, son poil blanchit et il avait maintenant du mal à cultiver son jardin.
Un jour, la fille du meunier, la blanche Toinette, prit homme et devint maman. Mais, si le meunier était le plus riche du village, il avait le coeur sec et les doigts crochus. Et quand le lait se refusa à Toinette, pas une bonne âme n'ouvrit son corsage pour servir de nourrice.
La femme du meunier se souvint alors d'Anselme et lui demanda de venir. Mais celui-ci, au courant de bien des choses, demanda à être conduit par le meunier en personne, dans la calèche, et à passer devant chaque maison du pays en sonnant des grelots. Ce qui fut fait, à la grande joie des habitants, sortant pour saluer Anselme, conduit par le meunier en cocher.
Anselme s'arrêta à l'église, pria la Bonne Mère et demanda au curé de venir avec lui. Puis ils entrèrent dans la grande maison du meunier.
Il fit sortir tout lemonde de la chambre de Toinette. Le curé raconte qu'il lui fit tenir le bébé tandis qu'Anselme un peu tremblant, derrière ses moustaches grises, renouvellait le geste qui lui avait sauvé la vie, bien des années auparavant.
Et quand ils sortirent tous deux de la chambre en souriant, tout le monde compris que le miracle venait d'avoir lieu, une fois de plus.
Tandis que le meunier, tout à sa joie, promettait à tous de moudre désormais tout le village gratuitement, le tétaïre s'éclipsait pour retrouver sa quiétude.
Plus jamais il ne cultiva son jardin, ce fût le meunier qui s'en chargea de bon coeur.
On dit même que, dans le village,après la mort d'Anselme, il suffisait d'invoquer le Tétaïre pour faire venir le lait aux jeunes mamans.
Allez savoir, dans le midi, on a tellement de mal à distinguer l'imaginaire du vrai !!!